Avec le Torcal, Bentley entre officiellement dans l'ère de l'électrique. Premier modèle zéro émission de son histoire, ce SUV inaugure un nouveau langage stylistique, une plateforme technique inédite et de nombreuses innovations. Reste une question de fond: la marque de Crewe saura-t-elle préserver l'âme de ses prestigieuses Grand Tourisme à l'heure où les impératifs du marché imposent la silhouette d'un SUV?
Le 23 septembre prochain, Bentley écrira un nouveau chapitre de son histoire puisque ce jour-là, l'enseigne de luxe britannique dévoilera la Torcal, son tout premier véhicule électrique. Quatrième modèle d'une gamme qui comprend déjà le coupé Continental GT, la limousine Flying Spur et le SUV Bentayga, le Torcal prendra lui aussi la forme d'un SUV.
Fruit de plus de quatre années de développement, il sera bien évidemment assemblé à Crewe, berceau historique de Bentley (à 2min 15'' de la vidéo ci-dessous, Travis Pastrana roule dans la nouvelle halle dédiée à la production). En revanche, il reprendra la plateforme PPE du groupe Volkswagen, bâtie en Allemagne. Le nouveau SUV électrique partagera donc de nombreux éléments mécaniques avec le nouveau Cayenne électrique. Néanmoins, il s'en distinguera par son design.
Si Bentley refuse encore pour l'heure de révéler l'ensemble des lignes de son nouveau véhicule, l'enseigne a déjà dévoilé un premier aperçu de la face arrière, et a permis à la rédaction de le découvrir au complet en avant-première, de manière statique en studio. Premier constat: le Torcal inaugure contre toute attente un tout nouveau langage stylistique. Il remise donc le style pourtant récent de la Continental GT au profit de nouveaux codes esthétiques.
Ceux-ci renouent brillamment avec certains codes esthétiques de son passé, en s'inspirant notamment de modèles emblématiques comme l'Arnage. En effet, le long capot, l'empattement généreux, les porte-à-faux réduits, les ailes arrière sculptées et le hayon singeant la forme d'une malle reprennent les codes historiques de Bentley avec un objectif clair: malgré son architecture de SUV, les proportions ont été travaillées pour évoquer davantage une grande GT qu'un tout-terrain traditionnel.
Une silhouette nettement plus élégante
Grâce à des proportions plus ramassées, le Torcal affiche une silhouette nettement plus élégante que son grand frère, le Bentayga. Il mesure ainsi 50 mm de moins en hauteur (et 120 mm de moins en longueur) tout en conservant un empattement généreux. À l'avant, Bentley a choisi de préserver une calandre proéminente malgré l'absence de besoins de refroidissement propres à une motorisation électrique.
Celle-ci prend la forme d'un panneau lumineux composé de cristaux rétroéclairés semblant flotter sur un fond noir, un traitement qui n'est pas sans rappeler la calandre illuminée que Skoda proposait en option sur l'Enyaq (modèle préféacelfit). Si l'ensemble témoigne d'un réel travail de mise en scène, le résultat n'apparaît toutefois pas aussi noble qu'espéré - on est loin du classicisme de la traditionnelle grille chromée de la marque. De part et d'autre, les quatre projecteurs ronds caractéristiques de Bentley cèdent la place à quatre signatures lumineuses verticales traitées dans une réinterprétation franchement magistrale! Et à l'arrière, le graphisme est lui aussi est épuré avec des feux horizontaux.
À bord, l'habitacle s'articule autour d'un grand écran tactile central incurvé, dont la présentation n'est pas sans rappeler celle du Porsche Cayenne, même s'il ne s'agit pas exactement du même système. Contrairement à ce dernier, il ne permet par exemple pas d'afficher deux applications côte à côte. Bentley a également fait l'impasse sur un écran dédié au passager afin de préserver la pureté du dessin de la planche de bord.
Fidèle à sa philosophie, la marque conserve plusieurs commandes physiques pour les fonctions essentielles, privilégiant ainsi le contact avec des matériaux nobles plutôt qu'une interface entièrement numérique. Elle inaugure par ailleurs plusieurs nouveaux matériaux, dont une laine Mérinos développée avec Fox Brothers — premier textile 100 % laine homologué pour un usage automobile —, un placage en noyer multicouche offrant un subtil effet dégradé, ainsi qu'une finition en aluminium brossé tridimensionnel.
Particulièrement élégant
L'ensemble demeure particulièrement élégant, même si cette première découverte laisse l'impression que Bentley a légèrement simplifié certains détails par rapport à ses autres modèles. Ainsi, les emblématiques aérateurs «Bullseye» ne se règlent plus entièrement via leurs traditionnelles tiges métalliques, les réglages passant désormais par l'écran tactile. Cela dit, les technologies numériques cherchent à préserver une forme d'authenticité. Les animations des écrans par exemple proviennent de véritables jeux de lumière filmés à travers des cristaux réalisés par Cumbria Crystal plutôt que d'images de synthèse.
La signature sonore suit la même philosophie: la marque aurait pu opter pour le silence, mais elle considère le bruit comme un repère sensoriel essentiel pour le conducteur et les passagers. Il aide à percevoir l'accélération, la décélération ou l'adhérence, tout en réduisant potentiellement le mal des transports. Dans le Torcal, l'ambiance sonore s'inspire du V8 de la Bentley Turbo R.
Néanmoins, plutôt que de reproduire artificiellement le son de son emblématique V8 de 6,75 litres, Bentley a demandé à des musiciens de retranscrire son rythme et son émotion au moyen d'instruments acoustiques. Le résultat semble prometteur même s'il conviendra bien évidemment de l'essayer sur la route pour se faire une opinion définitive.
Cruelle vérité
Le Torcal porte une lourde responsabilité: celle de prouver que l'entrée de Bentley dans l'ère électrique ne se fera pas au détriment des valeurs qui ont bâti la réputation de la marque. C'est précisément pour cette raison que le choix d'un SUV laisse un léger goût d'inachevé. Les différents concepts EXP, notamment dévoilés à Genève, avaient en effet esquissé un avenir où l'électrique prendrait les traits d'un somptueux coupé Grand Tourisme, héritier naturel des Bentley les plus emblématiques.
En faisant finalement de son premier modèle électrique de série un SUV, le constructeur britannique rappelle une cruelle vérité: même au sommet du luxe automobile, les considérations commerciales l'emportent désormais sur les idéaux et le romantisme qui ont longtemps façonné le constructeur automobile britannique.
La firme de Crewe distillera progressivement de nouvelles informations au cours de l'été, avant la révélation mondiale de la Torcal, le 23 septembre prochain à Londres. Bien évidemment, le prix n'est pas encore connu mais devrait être légèrement inférieur à celui d'un Bentayga.
Origine du nom «Torcal»
Fidèle à sa tradition, Bentley a puisé le nom de son nouveau modèle dans un paysage naturel d'exception. Après les Bentayga, Bacalar et Batur, la Torcal rend hommage à El Torcal de Antequera, en Andalousie, célèbre pour ses impressionnantes formations calcaires sculptées par l'érosion. Le nom trouve également son origine dans le latin torquere («tordre»), dont dérive le mot anglais torque («couple»), un clin d'œil à la force disponible instantanément, caractéristique idéale d'une motorisation électrique.