Bentley Torcal: Le grand saut

Olivier Derard | 29.09.2026

Après 107 ans à faire rugir V8 et autres W12, Bentley passe pour la première fois au tout électrique. Avec 888 ch, près de 600 km d’autonomie et une recharge culminant à 400 kW, le Torcal ne fait pas les choses à moitié.

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Bentley avait promis une révolution électrique. Elle sera finalement plus mesurée que prévu; alors que la marque envisageait encore il y a quelques années de bannir totalement le moteur thermique de son catalogue à l’horizon 2030, elle a depuis lors revu ses ambitions à la baisse, le développement des nouveaux modèles électriques ayant tous été stoppés. Tous sauf un: le Torcal, que l'enseigne dévoile enfin.

L’auto revêt une importance historique: jamais, en 107 ans d’existence, une Bentley de série n’avait encore renoncé totalement aux pistons. Et pour ce premier chapitre électrique, Crewe a choisi la prudence commerciale en donnant à son nouveau venu les traits d’un SUV. Mais pas question pour autant d’en faire un Bentayga électrique…

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SUV GT

Long de cinq mètres, large de 2,02 m mais haut de seulement 1,68 m, le Torcal apparaît nettement plus ramassé et élancé que son grand frère. Surtout, ses designers ont soigneusement évité de laisser son architecture électrique dicter ses proportions. Là où celle-ci aurait permis de raccourcir considérablement le capot et d’avancer l’habitacle, Bentley a volontairement conservé un long museau, un habitacle rejeté vers l’arrière et des porte-à-faux relativement courts. Avec son empattement généreux, sa ligne de toit fuyante et ses puissantes épaules arrière, le Torcal cherche ainsi davantage à ressembler à une grande GT légèrement surélevée qu’à un traditionnel SUV.

La filiation avec les Bentley d’hier se lit également dans certains détails. Les ailes arrière fortement galbées donnent beaucoup de largeur à la poupe tandis que le hayon, creusé en son centre, évoque volontairement la malle d’une berline classique. Vu de profil, le vitrage relativement bas et la ceinture de caisse élevée renforcent encore cette impression de masse posée sur ses roues plutôt que perchée sur ses suspensions. Une manière habile de dissimuler visuellement les presque 2,8 tonnes de l’engin.

Passé & futur

Mais si les proportions regardent vers le passé, les détails, eux sont tournés vers l’avenir. Les quatre projecteurs ronds emblématiques disparaissent au profit de quatre signatures lumineuses verticales, disposées deux par deux aux extrémités de la face avant. Une réinterprétation particulièrement réussie des quatre optiques historiques de Bentley. Au centre, le design est plus discutable.

L’immense calandre métallique, devenue inutile sur une voiture électrique mais qui constituait depuis des décennies l’un des principaux marqueurs visuels de Bentley, laisse place à un panneau fermé en plastique transparent. Celui-ci accueille une multitude de motifs cristallins rétroéclairés qui semblent flotter sur un fond noir. L’effet est certes spectaculaire à la nuit tombée et permet au Torcal de se construire une véritable signature lumineuse, mais il est clairement moins noble que la traditionnelle grille chromée de Crewe. Et il est difficile aussi de ne pas penser à la calandre rétroéclairée proposée par Skoda sur son Enyaq préfacelift.

La poupe se montre beaucoup plus sobre. Aux côtés d’un hayon singeant la forme d’une malle d’antan, deux feux horizontaux très fins étirent visuellement la carrosserie tandis que les volumes généreusement sculptés autour des roues rappellent davantage les hanches d’une Continental GT que celles d’un Bentayga.

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Porsche en dessous

Sous cette robe très britannique se cache toutefois une bonne dose d’ingénierie allemande. Le Torcal repose sur une évolution de la plateforme PPE du groupe Volkswagen et partage ainsi une grande partie de son architecture avec le Porsche Cayenne Electric. La batterie, l'architecture 800 V ou encore certains composants du châssis témoignent clairement de cette parenté.

Bentley s’est néanmoins chargé d’assaisonner l’ensemble à sa manière. Et les chiffres donnent immédiatement le ton. Deux moteurs électriques, un sur chaque essieu, assurent la transmission intégrale. Le Torcal développe 821 ch et expédie le 0 à 100 km/h en 3,4 s avant d’atteindre 250 km/h. La version «S» pousse le curseur jusqu’à 888 ch et 1350 Nm. Le 0 à 100 km/h ne réclame alors plus que 2,9 s et la vitesse maximale grimpe à 260 km/h. Jamais une Bentley de série n’avait été aussi puissante.

Sur la balance, l’engin accuse... 2795 kg à vide. L’électrique a beau abolir bien des contraintes, elle n’a toujours pas résolu celle du poids. Pour empêcher cette masse de dicter sa loi, Bentley a donc sorti l’artillerie lourde. Les roues arrière directrices braquent jusqu’à cinq degrés et réduisent le diamètre de braquage à seulement 11,1 m, tandis qu’une suspension entièrement active fait son apparition pour la première fois chez Bentley.

Chaque amortisseur dispose de sa propre pompe hydraulique et peut exercer une force indépendamment sur chacune des roues, permettant même de se passer de barres antiroulis conventionnelles.

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400 kW à la borne

La batterie de 113 kWh s’appuie sur une architecture 800 V et permet à Bentley d’annoncer jusqu’à 600 km d’autonomie WLTP. Une valeur convenable sans être spectaculaire au regard de la capacité embarquée. Plus impressionnante est la recharge: la puissance peut atteindre 400 kW sur une borne compatible et Bentley annonce un passage de 10 à 80% en environ 16 minutes dans les conditions idéales. De quoi rendre les longs voyages nettement moins contraignants.

Le Torcal n’entend toutefois pas transformer ses occupants en simples spectateurs silencieux. Bentley considère le son comme un repère indispensable à la conduite. Mais plutôt que de diffuser un vulgaire enregistrement de V8 dans les haut-parleurs, des musiciens ont cherché à retranscrire le rythme et les pulsations du fameux 6,75 litres de la marque au moyen d’instruments acoustiques. Tempo et volume évoluent ensuite avec la vitesse et la position de l’accélérateur. L’ensemble peut heureusement être désactivé pour ceux qui préféreraient profiter du silence.

Tradition numérique

A bord également, Bentley tente de ménager deux époques. La planche de bord accueille un grand écran central incurvé et une instrumentation numérique, mais renonce à l'écran passager désormais presque incontournable dans le groupe Volkswagen. Surtout, les principales fonctions conservent de véritables commandes physiques. Une évidence hier, presque un luxe aujourd’hui.

Les matériaux rappellent heureusement que l’on se trouve toujours à Crewe. La laine mérinos développée avec Fox Brothers côtoie le cuir, le bois et une finition tridimensionnelle en aluminium. Quelques détails trahissent néanmoins plus ouvertement les économies d’échelle. Certains éléments de la console centrale ou les aérateurs arrière rappellent le Cayenne et les aérateurs «Bullseye» disparaissent au profit d’ouvertures traditionnelles.

Les quelques kilomètres parcourus à bord d’un prototype avant sa révélation avaient d’ailleurs montré une voiture capable de filtrer remarquablement la chaussée sans totalement isoler ses occupants de ce qui se passe sous les roues. Reste désormais à prendre le volant pour découvrir si les ingénieurs sont réellement parvenus à faire oublier les presque 2,8 tonnes. Car c’est finalement là que se jouera l’avenir du Torcal. L’électricité, les 888 ch et les 400 kW de recharge impressionnent sur une fiche technique. Mais pour Bentley, le véritable exploit sera ailleurs: faire oublier toute cette technologie une fois la portière refermée.

Photos: Bentley

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