Jouet pour adulte

Ford Europe revoit sa stratégie sur le Vieux Continent. En lieu et place de véhicules ordinaires, elle commercialisera des véhicules plus typés comme le Bronco.

La voie est toute tracée. Ford souhaite  que ses futurs modèles soient dotés de l’«Adventurous Spirit», autrement dit de l’esprit aventurier. La filiale européenne de Dearborn en aurait effectivement plus qu’assez de son image de constructeur de voitures banales et faciles à conduire. Pour changer cela, la filiale européenne de l’enseigne américaine a complètement revu sa stratégie, non sans faire table rase de certains de ses modèles; après avoir stoppé les chaînes de production de la Mondeo en avril dernier, la firme à l’ovale a annoncé son intention d’arrêter la production des Fiesta et autres Focus dans un avenir plus ou moins proche. Tout un symbole!

Ce n’est pas la première fois que la marque à l’ovale bleu se sépare de modèles qu’elle juge peu rentables. Par le passé, elle s’était déjà détachée des marques Jaguar, Land-Rover, Volvo et Aston Martin, en les revendant à différents acteurs de l’industrie. En l’occurrence, c’était le haut du panier dont l’américain s’était débarrassé à l’époque. Aujourd’hui, ce sont les petits modèles qui font les frais de pareil délestage. L’explication tient dans le fait la firme ne cesse de perdre des parts de marché sur le Vieux Continent. Elles sont aujourd’hui de l’ordre de 5 %. Pour de nombreux observateurs, c’est trop peu. En fait, le véritable problème de Ford viendrait du fait qu’il soit «stuck in the middle», soit coincé dans la masse, selon le jargon employé par le marketing. Autrement dit, cela signifie que Ford peine à se démarquer des autres constructeurs, voire qu’il souffre d’une crise identitaire. Pour pallier ce problème, Ford souhaite américaniser sa gamme européenne. Cette volonté passe par le regroupement de toute la gamme au sein de quatre nouvelles catégories. Icône américaine du sport, la Mustang, et son frère rehaussé et électrique, le Mustang Mach-E, sont désormais répertoriés au sein de la gamme «Wild Performance». 

Le deuxième segment est désigné «Urban Escape»: il rassemble, comme son nom l’indique, des citadines rehaussées comme le Puma et le Kuga, soit les best-sellers de l’ovale. Le portefeuille «Active Adventure» ne dénombre qu’un seul modèle pour le moment, le Ford Explorer. Enfin, dans le quatrième groupement, désigné «Ultimate Outdoor», Ford regroupe ses vrais franchisseurs que sont le Ranger, considéré comme une voiture à mi-chemin entre un véhicule de tourisme et un utilitaire (c’est encore plus vrai dans sa version Raptor), et le Bronco. Ce dernier qui est déjà commercialisé depuis 2021 de l’autre côté de l’Atlantique débarquera officiellement – il était déjà proposé sur le marché de l’importation parallèle – en Europe en 2023. Une bonne nouvelle!

Modèle américain

C’est incontestablement le succès durable du Jeep Wrangler qui a fait renaître le Bronco chez Ford. Honorant ses aïeux, le 4×4 fait de la sobriété fonctionnelle un credo, aussi au niveau de sa forme. Celle-ci n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle des voitures Playmobile – il est certain que Ford cherche à faire craquer l’enfant qui sommeille encore en nous. A l’instar du jouet dont il s’inspire, le Bronco peut d’ailleurs enlever son toit. 

Ce qui est formidable, c’est que Ford a pris très au sérieux le développement de ce nouveau cheval indompté (signification de Bronco); à l’inverse du Defender, le nouveau 4×4 américain ne mise pas sur les technologies et le confort pour convaincre, mais bien sur une mécanique robuste, plus simple et donc à priori plus fiable. L’auto, qui est disponible dans deux empattements et deux motorisations différentes, profite effectivement d’un essieu rigide à l’arrière, d’une boîte de transfert à démultiplication, d’un châssis échelle, de blocages mécaniques de différentiel à l’avant et à l’arrière et de porte-à-faux très courts. Autant d’éléments qui prouvent qu’il fait de ses aptitudes au franchissement une réelle priorité. 

Il tient ses promesses

Lors de cette première prise en main (dans une carrière de pierres près de Kitzbühl en Autriche), Ford avait emporté des Bronco à empattement long, doté d’un V6 turbo de 2,7 litres. A l’essai, le vrai 4×4 n’a jamais été mis en défaut, et ce indépendamment du terrain sur lequel il évolue. Son «Trail-Control», un régulateur de vitesse dédié à la conduite tout-terrain, lui permet de franchir des passages où un conducteur non averti se heurtera à ses limites mentales. Oui, le Bronco rend justice au fameux «Adventurous Spirit» que cherche à insuffler Ford dans ses modèles. La boîte automatique à 10 vitesses, étrennée par la Mustang puis par le Ranger Raptor, a toujours le bon rapport de transmission pour les circonstances. Et pour les situations plus difficiles, la boîte de transfert permet de passer la gamme courte. Le Bronco devient alors capable de déplacer une maison. Pendant la chevauchée sauvage, le cheval indompté ne tente pas de vous éjecter; il y a de toutes façons suffisamment de poignées dans l’habitacle, qui est par ailleurs tout à fait fonctionnel. L’amour des Américains pour le plastique brut profite à l’atmosphère austère de l’habitacle. Il est toutefois possible de s’y sentir à l’aise: l’équipement du Ford est digne d’une voiture de tourisme. Malgré une largeur de deux mètres et d’une longueur de près de cinq mètres, les limites du 4×4 sont à portée de vue du conducteur – une prouesse avec cette forme. Celui qui cherche un véhicule capable de l’emmener au bout du monde et de le ramener peut compter sur ce tout-terrain.

Bon sur l’asphalte aussi

Une perle en offroad, mais une souffrance sur la route? Eh non, le Bronco s’en sort plutôt bien sur l’asphalte. Bien sûr, la position de conduite est surélevée et la visibilité, désavantagée par la forme cubique, n’est pas optimale. Mais il n’empêche, le Bronco se comporte de manière étonnamment précise sur l’asphalte, les pneus à crampons étant moins cotonneux qu’escompté. Le constat est le même concernant la châssis: Taillé pour le 4×4, il est en fait correctement suspendu sur la route. Il faut dire que l’essieu rigide arrière est guidé de manière complexe, avec cinq bras et une longue barre Panhard, pour absorber les forces transversales. 

Aussi, avec un peu d’élan, le Bronco se laisse bien manœuvrer sur les petites routes européennes. La puissance du V6 twin-turbo de 335 ch assure une dynamique étonnante. Seuls les freins, équipés d’un servo électrique, ne parviennent pas à faire illusion: le Bronco n’est pas une voiture de sport et les pneus montés ont d’autres atouts que des valeurs de décélération exceptionnelles. Comme sur le Raptor, les pneumatiques se comportent toutefois une étonnante précision; les ordres de la direction sont bien retransmis. Voilà qui aide à inscrire le véhicule de deux mètres de large dans la trajectoire souhaitée, ce qui bénéficie au confort sur route. Il n’est ni trop élastique, comme peuvent l’être certaines américaines, ni trop sportif; les longs trajets ne sont pas forcément épuisants. En bref, il n’y a que très peu de choses qu’un conducteur exigeant souhaiterait voir différemment. Certes, un diesel puissant aurait été très pertinent sous le capot du Bronco. Toutefois, le moteur à essence se montre parfaitement à la hauteur de la tâche, le couple maximal du 6-cylindres étant de 563 Nm. Lesquels sont disponible dès 3100 tours déjà. Seules les données relatives à la charge remorquable, reprises de la version américaine, s’avèrent décevantes; avec seulement 1000 à 1250 kg (selon les finitions), il tire moins que certaines voitures compactes. Ce qui est vraiment problématique pour une voiture de ce genre!

Avec son allure martiale et son bon gros 6-cylindres, le Ford Bronco est une véritable forteresse roulante. Pour les Européens, ce cheval sauvage américain est surtout une bouffée de liberté et de plaisir dans un univers automobile étouffé par la multiplication des véhicules électriques. Le Bronco étant sans doute l’un des derniers représentants de son espèce, il serait dommage de ne pas craquer pour lui.

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