Un amoureux du patrimoine

Corrado Lopresto croule sous les trophées décernés par les concours. Le rare respect dont il fait preuve pour les restaurations est très apprécié.

Auteurs: Jean-Marc Kohler & Martin Sigrist

Corrado Lopresto est un collectionneur hors du commun. En effet, le transalpin repart généralement avec un trophée chaque fois qu’il participe à un concours d’élégance, et ce, depuis des décennies. Que ce soit à Pebble Beach, à la Villa d’Este, au Concours d’Excellence de Lucerne ou encore à Mulhouse, Amelia Island, Chicago ou Kuwait City, Corrado Lopresto a remporté pas moins de 265 prix, dont 60 «Best of Show». En Californie, c’est notamment son Alfa Romeo coupé 1900 SS Zagato 1954 endormie durant 40 ans dans un garage romain qui a conquis les juges par la qualité de sa restauration. 

Comment distingue-t-on une auto passée entre les mains de Lopresto? L’Italien cherche toujours à préserver tout ce qui peut l’être et respecte dans les moindres détails les caractéristiques originelles du véhicule. On est loin des restaurations «plus neuves que neuves»: citons à titre d’exemple son Alfa Romeo SZ, dont une moitié a été restaurée et l’autre moitiée conservée en l’état. Sa Scat (Società Ceirano Automobili Torino) a également gardé toute sa patine. Même l’UNESCO a reconnu l’intérêt historique de préserver ainsi ces monuments! Mais c’est bien les juges qu’il faut convaincre en premier lieu. Or, comme il le précise, seul un dossier solide permet d’atteindre la première place. Cela signifie que les travaux doivent être dûment documentés pour une traçabilité limpide entre ce qui a été restauré ou ce qui est resté d’époque. Mais, comment cette belle histoire a-t-elle commmencé?

Deux passions nées en 1979

Pour deux raisons, l’année 1979 fut d’une importance capitale pour celui qui deviendra un illustre architecte, magnat de l’immobilier et collectionneur d’automobiles. Le Sicilien, né en 1956, restaure cette année-là sa première voiture, une modeste Fiat Balilla de 1933, qu’il possède encore aujourd’hui. 1979, c’est aussi l’année où il rencontre sa femme Elena, qui partagera sa passion. 

La Balilla a été suivie par une Fiat 1100 L à 7 places avec strapontins. Le père de Corrado n’est pas enchanté par le passe-temps de son fils. Prêtée aux parents, la Fiat n’a pas manqué de semer l’émoi à cause d’un problème de coupe-circuit de la batterie située sous le siège. Ce qui a donné des raisons au paternel de trouver ce passe-temps au moins aussi dangereux que futile. Celui-ci s’étonnera toujours du fait qu’il n’y ait rien à gagner financièrement lors de ces concours, mais uniquement des trophées. Il admettra cependant que son fils aura ainsi contribué à sauver d’importantes pièces du patrimoine italien.

A ses débuts, Corrado avait pris contact avec le club de voitures classiques de Milan en vue d’y adhérer, mais sa trop populaire Balilla n’avait pas convaincu le comité et a refusé sa demande de devenir membre. Il s’est alors tourné vers le club de Como, qui, lui, l’a accueilli à bras ouverts. Sage décision, sachant que celui-ci deviendra propriétaire de quatre autos qui remporteront des distinctions au concours local de Villa d’Este. Ce sera le cas en 2001 avec son Alfa 6C 2500 GT Touring cabriolet 1952, en 2006 avec l’Isotta-Fraschini 8A SS Castagna 1930, puis en 2011 avec l’Alfa 6C 2500 SS Bertone 1942 et enfin en 2014 avec une autre Alfa Romeo 6C 1750 Gran Sport Zagato/Aprile 1931.

Un voyage pour marquer le coup

Le chemin parcouru depuis cette époque et les distinctions prouve effectivement le bien-fondé de sa passion. Pour marquer le 40e anniversaire de sa collection en 2019, Corrado Lopresto  entreprend un long périple en s’inspirant d’un raid réalisé en 1949 entre Reggio Calabria et Milan à bord d’une microvoiture, une Fiertler avec un moteur Lambretta de 125 cm3

Au volant de sa vieille Fiat Balilla à trois vitesses, qui est à l’origine de sa collection, l’architecte part de Tonnara di Palermo et traverse son village natal de Bagnara Calabria. Sur son chemin vers le nord, de nombreux sympathisants se massent sur le bord de la route, dont beaucoup sont en habits d’époque. L’ambiance est surréaliste, mais tellement bon enfant: même un prêtre est là, comme tout droit sorti de la série de films Don Camillo… La ferveur des Italiens est authentique!

Ce «rallye» doit hélas s’interrompre après 600 km, et ce pour raisons familiales. Une fois le fiston rétabli, Lopresto reprend le voyage, lequel a nécéssité quelques adaptations. Il se lance alors à l’assaut des 800 km restants en septembre 2020, avec une étape chez le Conte Carlo Felice Trossi, un ancien coureur de course. Ensuite, cap sur Fermo, Ancône, Senigallia, Pesaro, Ferrare et Mantoue avant d’atteindre finalement Milan comme prévu. Le comité d’accueil, constitué de tous ses amis, restera un grand moment gravé dans sa mémoire. 

Fort lien avec la Suisse

Depuis quelque temps, Corrado Lopresto entretient une relation étroite avec la Suisse et le Musée des transports de Lucerne. Il a déjà prêté des pièces de sa vaste collection lors de plusieurs expositions.Ce qu’il apprécie particulièrement dans le Musée des transports, c’est sa proximité avec les visiteurs et son rôle didactique auprès des écoles suisses qui le visitent depuis des décennies: «J’étais particulièrement fasciné par l’idée de pouvoir montrer la collection à un large public, mais surtout aux jeunes, pour leur transmettre toute l’hisoire que racontent ces autos.»

Il faut dire que sa collection est unique à plus d’un titre. Son fil rouge, comme il aime à le préciser, ce sont les pièces uniques, des prototypes ou le modèle le plus ancien d’une marque de grande série. Des pièces uniques, des showcar ou le tout premier modèle d’une série sont autant d’exemples à guider ses choix. Par exemple, Corrado Lopresto possède la première Isotta-Fraschini  de 1902 (moteur et numéro de châssis 1!), la Lancia Alpha 12 HP Miller de 1908, ainsi que des prototypes tels que le projet de Giulietta Spider de Bertone, le break Fiat 130 Villa d’Este 1970 qui aurait mérité de passer au stade de la production ainsi que d’innombrables autres. Ce qui manque, ce sont les Ferrari: «Pour le prix d’une Ferrari, je peux acheter plusieurs prototypes», déclare Lopresto à propos de cette lacune intentionnelle. Il possède cependant un prototype de moteur Alfa Romeo à douze cylindres, qui a servi d’inspiration à Enzo Ferrari pour son propre V12.

Avec toutes ces merveilles, on ne peut que se réjouir de la nouvelle exposition qui sera concoctée par le Musée suisse des transports avec les chefs-d’œuvre automobiles italiens de Corrado Lopresto. Cela dit, comme au cours des 40 dernières années, il ne faudra pas s’attendre à trouver le moindre cheval cabré parmi sa collection!

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