Le vrai descendant?

C’est l’histoire d’un milliardaire, qui rêvait de se construire son propre tout-terrain. De cette lubie naît l’Ineos Grenadier, qui se pose comme l’héritier du «vrai» Defender.

Comme bon nombre de légendes britanniques, celle de l’Ineos Grenadier a débuté dans un pub, autour d’une pinte. Enfin, de plusieurs pintes en vérité. Des Timothy Taylor’s pour être précis. Attablés au comptoir, des hommes, des amateurs inconditionnels d’automobiles, se plaignent. Non sans raison: leur véhicule préféré, le Land Rover Defender, n’est plus. On est alors en 2016. A cette époque, Land Rover a annoncé son intention de stopper les chaînes de production de Solihull. Définitivement. Pour ces passionnés, le Def’ n’était rien de moins que le dernier représentant d’une espèce de véhicules bien à part. Aussi prennent-ils cette nouvelle comme un outrage. Et, évidemment, au bar, ça maugrée: «C’était mieux avant», dit l’un. «Qu’il nous le rende», dit l’autre. Et soudain, dans l’assemblée, l’un d’eux a une idée de génie: «Vous savez quoi, les gars? Nous n’avons qu’à le construire nous-mêmes, notre 4×4!»

Bien évidemment, dans la plupart des cas, cette discussion de comptoir n’aurait jamais été plus loin que le pas de la porte du pub en question. Mais pas dans ce cas-ci. Car l’homme qui a exprimé cette volonté n’est autre que Jim Ratcliffe, un Britannique de 68 ans dont le compte personnel est crédité de 15,9 milliards de dollars (selon Forbes). Cette fortune, Ratcliffe la tient de l’entreprise chimique qu’il a fondée en 1998: Ineos. Le nom Ineos est relativement bien connu du grand public, la firme étant, entre autres choses, propriétaire de l’écurie de F1 Mercedes (à hauteur de 33%) et du club de football suisse FC Lausanne-Sport. 

Reste à trouver le nom

Entrepreneur passionné, le Britannique se jette à corps perdu dans le projet. Mais quelle appellation lui donner, justement, au projet? Eh bien, pourquoi ne pas reprendre le nom du bar dans lequel l’idée a germé? Après tout, «Grenadier» n’est-il pas un nom sensationnel pour un franchisseur? Et la décision d’être approuvée à l’unanimité. L’unanimité des employés d’Ineos du moins car, lorsqu’une entreprise, dénuée de la moindre expérience, fait part de sa décision de construire un nouveau véhicule de A à Z, la nouvelle est accueillie avec un certain scepticisme par la branche: «On nous a répété à maintes reprises que nous nous étions lancés dans un projet impossible. Mais, personnellement, ce genre de commentaires n’a fait que renforcer ma détermination», explique Dirk Heilmann. Ingénieur chimiste de formation, Dirk Heilmann est l’homme que Jim Ratcliffe a choisi pour réaliser son rêve.

Promu PDG d’«Ineos Automotive», soit la filiale dédiée au Grenadier, peu après la naissance de l’idée dans le pub londonien, Heilmann a une idée: externaliser les compétences, en s’entourant des meilleurs équipementiers de la branche: «C’est l’Allemand ZF qui se charge de nous fournir la boîte de vitesses automatique à convertisseur à huit rapports, Carraro qui s’occupe des essieux, Recaro des sièges, Bosch de la direction, Gestamp du châssis et, enfin, Magna de la suspension. Quant aux moteurs essence et diesel (ndlr: tous deux des 6-cylindres en ligne de respectivement 285 et 249 ch), c’est BMW qui nous les fournit», explique Dirk Heilmann.

Un véhicule pour le moins prometteur

Quiconque connaît les bonnes qualités de motoriste de BMW, sait les excellentes performances des boîtes automatiques ZF et n’ignore pas que Magna s’est occupé de l’assemblage d’iconiques 4×4, comprendra à quel point le Grenadier s’annonce prometteur – précisons ici que nous n’en avons pour l’heure pas encore pris le volant. D’autant qu’au contraire de ses concurrents, le Grenadier se passe de suspensions pneumatiques ou d’une quelconque électrification. Assemblé sur un châssis échelle lui-même fabriqué en Allemagne par Gestamp (la société qui est derrière le châssis du Volkswagen Amarok) et pourvu d’essieux rigides fabriqués par la société italienne Carraro, le Grenadier se veut avant tout fiable et robuste. C’est que, si Jim Ratcliffe a bel et bien pensé son joujou comme un objet commercial devant être rentable – d’ailleurs, pour le milliardaire, il est exclu qu’il en soit autrement! –, il a surtout voulu son 4×4 pour son usage personnel. Voilà qui garantit un niveau d’exigence pour le moins élevé. C’est d’ailleurs ce que prouve la fiche technique de l’engin: charge utile allant jusqu’à une tonne, capacité de remorquage de 3500 kg et une charge sur le toit de 150 kg. Il est ici à préciser que le poids à vide du Grenadier se situe entre 2600 et 2700 kg selon les versions.

Pour briller hors des sentiers battus, le Grenadier proposera un blocage de différentiel central de série. Quant aux verrouillages de différentiels avant et arrière, ils seront également de la partie, mais en option seulement. Bien entendu, la boîte de transfert à gamme longue et courte sera de mise. Haut perché, le Grenadier profite d’une garde au sol de 257,8 mm, d’un angle d’approche de 35,9° et d’un angle de fuite de 35,9°. Voilà qui devrait faire de lui un excellent véhicule d’aventures. C’est d’ailleurs pour les safaris et autres roadtrips que l’engin se dote de rails métalliques dans le flanc de ses portières. Très pratiques, ils permettront aux acheteurs de fixer tout un tas d’objets, comme une table par exemple. Et si Ineos a déjà annoncé vouloir développer une gamme complète de produits disponibles en seconde monte, il encourage également les accessoiristes à développer leur propre offre.

Un prix toujours inconnu

Appelé à entrer en production au milieu de l’année prochaine pour une commercialisation six mois plus tard, le Grenadier sera assemblé à 30 000 exemplaires par an dans l’ancienne usine Smart d’Hambach (France), rachetée en 2019 à Daimler. Au lancement, le Grenadier sera disponible en deux versions, la «standard» à cinq places et la «commerciale» à deux places. Tous deux partageront le même empattement (2921 mm). Plus tard, le franchisseur sera décliné en versions pick-up et sept places, assemblées sur un châssis à l’empattement étendu (3175 mm). Malheureusement, pour l’heure, Ineos ne dit encore rien du prix de son modèle.

Evidemment, il est impossible de passer à côté du lien de parenté qui unit le Grenadier au Defender. Et pour cause, les similitudes entre les deux modèles sont évidentes: phares ronds, pare-brise plat, forme du capot, poignées de porte en forme de bouton, charnières de porte apparentes et double hayon à ouverture latérale. Pour certains,  ces similitudes sont comme un hommage au Defender d’antan. Pour d’autres, en revanche, il s’agit ni plus ni moins d’une copie. Quoiqu’il en soit, une conclusion peut déjà être tirée: le Grenadier a moins été conçu pour faire de l’argent que par amour de la belle automobile. Et c’est peut-être la seule chose qu’il faut retenir de ce véhicule atypique. 

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