Un tacle à la mobilité

L’extension rampante et insidieuse des zones 30 km/h dans les villes suisses est un parfait exemple de la politique dite du saucissonnage. Pour mieux faire accepter une idée impopulaire, les instances politiques l’appliquent pas après pas. Les zones limitées à 30 km/h ont suivi ce cheminement: d’abord limitées à quelques quartiers, elles s’étendent dans les villes suisses en tâche de léopard. Prenons le triste exemple de Lausanne, qui n’est qu’à un recours près d’introduire le 30 km/h généralisé la nuit. Pourtant, tout avait commencé par l’introduction «à titre expérimental» de cette limitation sur deux axes routiers du chef-lieu vaudois, dans le but de réduire les nuisances sonores entre 22 heures et 6 heures. Ainsi, à partir d’un essai réalisé sur deux avenues lausannoises, le Conseil d’Etat vaudois a validé la mesure pour l’ensemble de la capitale olympique. Mieux, le gouvernement vaudois estime la mesure pertinente pour l’ensemble des villes du canton; chaque commune sera libre de décider de l’appliquer ou non.

Ne croyez cependant pas que cet appétit pour les zones 30 km/h s’arrête aux confins vaudois. Une motion déposée au Conseil national par Gabriela Suter vise à généraliser le 30 km/h à la place du «bon vieux» 50 km/h dans toutes les villes de Suisse. Pourtant, le peuple helvétique avait déjà refusé l’introduction de cette limitation en 2001, par 76,8% des voix. La conseillère nationale argovienne, qui a senti que les temps étaient mûrs pour revenir à la charge avec cette idée, évoque des gains pour la sécurité et le bien-être des citoyens, en raison d’une baisse des nuisances sonores. Des raisons pertinentes dans certains quartiers, mais qui apparaissent une absurdité sur des axes non directement bordés par des habitations.

En réalité, ce projet a toutes les apparences d’une nouvelle mesure anti-bagnole: en effet, à 30 km/h, vélos et autos circulent pratiquement à la même allure, ce qui incitera certains à passer au vélo, par dépit. Dommage que cela se fasse une nouvelle fois par le sabotage de l’auto et non par une promotion de la petite reine.

Dans sa guerre aveugle à l’automobile, la faction rose-verte est néanmoins en train de tirer sur ses propres «alliés». Les transports publics souffriraient également d’une généralisation du 30km/h, puisqu’il faudrait augmenter le nombre de véhicules pour garder une cadence acceptable entre chaque course. Chaque trajet à bord de transports publics durera plus longtemps dans tous les cas. A l’heure où les TP tentent de se rendre plus attractifs, l’idée du 30 km/h généralisé ressemble de plus en plus à un tacle par l’arrière du camp rose-vert, non seulement à la voiture, mais à la mobilité en général.

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