Un nouveau «Grand Défi»

Désormais orphelin de Jean Graton, le talentueux dessinateur qui l’avait mis au monde, Michel Vaillant s’épanouit aujourd’hui au sein de la maison Dupuis. Qui a à charge d’ancrer le personnage dans le XXIe siècle. Un vrai défi.

Né en 1957 dans le journal Tintin sous la forme d’une histoire courte (quatre planches) dénommée «La 24e Heure», Michel Vaillant fait rapidement l’unanimité auprès des «jeunes de 7 à 77 ans». A tel point que son dessinateur Jean Graton obtient vite le feu vert du Lombard, la maison d’édition à qui appartient le journal Tintin, pour lancer son premier album. Ainsi, en 1959 sort en kiosque le «Grand Défi», le premier album d’une saga à la fois sportive mais aussi familiale et industrielle.

20 ans et 38 albums plus tard, alors que parait «Steve Warson contre Michel Vaillant» (tome 38, 1981), Jean Graton, entretemps rejoint par son fils Philippe, décide de changer de crèmerie en quittant le Lombard pour créer sa propre structure, Graton éditeur. L’objectif de celle-ci? Répondre aux nombreuses ambitions des Graton en produisant leurs œuvres de A à Z. Michel Vaillant bien sûr, mais aussi les Labourdet ainsi que l’intégrale des Belles Histoires de l’Oncle Paul, Julie Wood, ou encore, plus tard, les «Dossiers Michel Vaillant». L’émancipation est un succès puisqu’en 2007, les Graton père et fils comptabilisent plus de 70 tomes, déclinés à plus de 20 millions (!) d’unités.

Avec Michel Vaillant, Jean Graton a créé une œuvre reconnue dans le milieu du sport automobile.

Saison 2
Trois ans plus tard, en 2010, Philippe Graton, aux commandes du scénario depuis le milieu des années 1990 (son premier album signé est le tome 57, «La Piste de Jade»), noue un partenariat avec les Éditions Dupuis. Son objectif? Redynamiser la série. Pour le fils, cela passe par une refonte totale de la saga, qui se décline dans une deuxième saison. Pour l’occasion, Philippe s’entoure d’une nouvelle équipe. En charge du scénario, il est assisté par le très expérimenté Denis Lapière. Quant aux dessins, ils sont réalisés par Marc Bourgne (qui a quitté l’aventure en 2018, remplacé par Vincent Dutreuil) et Benjamin Benéteau.

Dévoilé en 2012, leur premier album, «Au nom du fils», pose les bases d’une nouvelle intrigue: «Confronté aux nouveaux enjeux économiques et stratégiques mondiaux, le clan Vaillant doit faire face aux évolutions de l’industrie automobile, mais aussi aux mutations de la société. Trois générations ont désormais en main le destin de l’entreprise, dont le tout premier défi est de revenir sur la piste et de maintenir l’union familiale, malgré les désirs parfois contradictoires des uns et des autres.» Un synopsis qui plait comme l’a expliqué Jean-Louis Dauger, Directeur marque et développement de Michel Vaillant à la REVUE AUTOMOBILE: «Le tome 1 de la saison 2 a déjà été vendu à plus de 100 000 exemplaires.»

Premier album sans aucun Graton
En janvier dernier, la saison 2 s’est enrichie d’un neuvième album. Un nouveau défi puisque c’est le premier album de la série conçu sans aucun Graton à la manœuvre comme l’explique Denis Lapière: «Pour faire simple, Philippe Graton, le fils de Jean Graton, a aujourd’hui revendu la société Graton Editeur à Dupuis, du groupe Média Participations. Bien entendu, Philippe Graton reste propriétaire des droits moraux mais il n’intervient plus du tout dans l’élaboration des albums.» Dans le cadre de ce lancement, la REVUE AUTOMOBILE a rencontré Denis Lapière, son scénariste, ainsi que son Directeur marque et développement, Jean-Louis Dauger. Interview croisée.

REVUE AUTOMOBILE: Quels sont les objectifs la nouvelle saison de Michel Vaillant, lancée en 2012, avec l’album «Au nom du fils»?

Scénariste expérimenté, Denis Lapière œuvre sur la Saison 2 de Michel Vaillant.

Denis Lapière: Moderniser le style général tout en conservant tout ce qui en faisait la saveur, la force et la qualité des dessins de Jean Graton. Dans chaque album, il y a un défi à savoir celui de rassembler en un seul album l’histoire d’une marque automobile, d’une famille et d’une compétition, et ce quelle qu’elle soit d’ailleurs, puisque Michel Vaillant a été plusieurs fois Champion dans toutes sortes de disciplines. Mais tout cela avec une manière de la raconter d’aujourd’hui, autrement dit avec une narration plus contemporaine. Nous parlons d’ailleurs de Saison 1 pour tous les albums de Jean Graton édités entre 1957 et 2007 et de Saison 2 pour les albums édités depuis 2012…

Jean Louis DAUGER est Directeur Marque et Développement Michel Vaillant.

Jean-Louis Dauger: Michel Vaillant aujourd’hui, c’est d’abord et avant tout des albums de bande dessinée. Ainsi, on de très grandes ambitions éditoriales, et ce afin de vendre davantage d’albums. Mais en plus, Michel Vaillant, ce sont aussi des produits dérivés comme les Michel Vaillant Art Strips ou encore des collaborations avec des fabricants pour la conception de produits dérivés comme les chaussures Caval ou les combinaisons de pilote. Notre souhait c’était de continuer à faire de belles choses mais avec une recherche du détail et du beau. Parallèlement à tout cela, on œuvre sur deux projets supplémentaires. Le premier, c’est de faire une série à la télévision et le deuxième, c’est de faire une série de dessin animé. Pour le moment, on n’en est qu’au stade de projet mais on a une véritable envie de faire vivre Michel Vaillant sur des grands écrans.

Quels sont les plus gros défis?
Jean-Louis Dauger: Le plus «Grand Défi» – pour reprendre le titre du premier album de Michel Vaillant – est sans doute de montrer que Michel continue à être un vrai héros de sport automobile mais aussi un héros avec une vie de famille. Et de continuer à le prouver alors que Philippe Graton, qui a aujourd’hui revendu la société Graton Editeur à Dupuis (Groupe Media Participations), n’est plus aux commandes. Le second enjeu est de faire de Michel Vaillant un héro avec des vraies choses à raconter sur le monde du Sport Automobile du 21e siècle. Ce que nous avons d’ailleurs fait dans le dernier album de la série, «Duels», qui raconte la rivalité qui peut naître entre deux pilotes au sein d’une même équipe.

L’industrie automobile est en pleine révolution, Comment la marque automobile Vaillante va-t-elle y répondre?
Denis Lapière: Bien entendu, comme Jean Graton la faisait à l’époque, nous continuerons à mettre Vaillante au cœur de l’industrie automobile. Et l’industrie automobile est en plein questionnement. Avec les moteurs électriques, les moteur hybrides, les moteurs à pile à combustible, on s’est posé la question de savoir quelle serait la voiture de demain. En outre, on remarque que l’industrie tend toujours plus vers des voitures de raisons, des voitures pragmatiques… Comment conserver la passion dans tout cela? C’est une question que l’on se pose sans cesse.

Est-ce que Michel Vaillant a encore sa place dans un monde qui semble toujours plus autophobe?
Jean-Louis Dauger: Oui absolument! Le gros avantage de la série Michel Vaillant, c’est qu’elle ne plait pas seulement aux amateurs de sport automobile. Michel Vaillant raconte avant tout une aventure humaine, celle de la famille Vaillante confrontée au monde des affaires, des méchants mais aussi plus simplement aux soucis du quotidien. Michel Vaillant parle d’amour, d’amitié. Bref, la série dépasse le simple cadre du monde automobile. D’ailleurs, au sein de la première saison, il existe un grand nombre d’albums dans lequel l’automobile n’a qu’une très petite place. Ca a toujours été la marque de fabrique de Jean Graton. Michel Vaillant est une saga familiale qui se passe dans le monde automobile. Elle ne raconte pas la vie d’un pilote automobile qui a une vie de famille. Ensuite, dans la nouvelle saison, nous avons donné plus d’importance au fils de Michel Vaillant, Patrick, qui, avec ses jeunes amis un peu geek, incarne la nouvelle génération. Ils incarnent la transition entre automobile d’avant, de celle de la série originelle, et de l’automobile de demain.

En quoi la nouvelle saison tranche-t-elle avec l’ancienne?
Denis Lapière: Dans la deuxième saison, on a vieilli Michel Vaillant. Certes, Michel a le même âge que Lewis Hamilton ou Fernando Alonso mais il est le père d’un adolescent de 17 ans. Autrement dit, ce n’est plus un jeune marié, c’est un père de famille accompli. Cet angle-là nous permettait de travailler Michel Vaillant de manière différente et d’arrêter de faire de Michel un héros sans reproche pour en faire un personnage plus complexe, avec des failles. Une autre nouveauté, c’est que nous travaillons davantage par cycle. Le dernier album de la série, «Duels», marque d’ailleurs la fin d’un cycle.

En 2017, l’équipe suisse Rebellion se pare des couleurs de Michel Vaillant

Vous faites vaciller Michel Vaillant du piédestal sur lequel Jean Graton l’avait mis. Pourquoi ?
Denis Lapière: Quand Philippe Graton et les Editions Dupuis m’ont demandé de venir travailler sur le scénario, j’ai posé plein de questions à Philippe Graton sur ce qu’il prévoyait de faire dans cette nouvelle saison. Et parmi les réponses que Philippe m’a faites, il y avait l’éventualité de la mort de Jean-Pierre. Avec cette nouvelle saison, Philippe Graton voulait faire «son» Michel Vaillant, pas juste reprendre l’œuvre de son père. Pour moi, c’était un angle assez intéressant car la mort fait partie de la vie. Il était donc logique que nos personnages soient confrontés aux mêmes préoccupations.

L’aspect industriel de l’entreprise Vaillante a jusqu’ici été négligé au sein de la saison 2. Y a-t-il une volonté d’aborder les questions de production industrielle dans des albums à venir?
Jean-Louis Dauger: Je pense que ça n’a pas été négligé, bien au contraire puisque tout l’enjeu de la saison 2 a jusqu’ici été de récupérer l’entreprise Vaillante. L’entreprise et l’écurie Vaillante avaient tout gagné, tout vaincu. L’enjeu de la nouvelle saison était donc de faire descendre les Vaillant au plus bas, leur faire toucher le fond, afin de pour pouvoir leur faire remonter la pente dans un second temps. Dans les arches narratives prochaines, l’enjeu sera de faire revenir Vaillante sur le plan industriel. Ce n’était donc pas négligé mais au contraire totalement voulu. C’est d’ailleurs un souhait de Jean Graton. Il avait demandé à Philippe de le surprendre dans cette nouvelle saison.

Dans cette nouvelle saison, les références à la Suisse sont nombreuses. La Vaillante de rallye s’appelle Cervin et l’action se déroule en Valais (dans le cadre du rallye du Valais), à Genève et Lausanne. Tout cela est-il dû à un amour pour le pays ou est-ce totalement fortuit?
Denis Lapière: En fait, c’est un petit peu la Suisse qui s’est imposée à nous. Pour «Liaisons dangereuses», l’action se déroule en Valais car toute l’équipe a eu le plaisir d’avoir été conviée trois à quatre jours par les organisateurs du Rallye du Valais. Pour nous, c’était une très bonne occasion de rencontrer des pilotes et copilotes, de parler avec eux. Ca nous a énormément servi pour l’album. Au-delà de ca, nous avons découvert une superbe région, et appris énormément de choses sur le Valais et sur la Suisse en général. L’idée de placer Vaillante en Suisse est bien évidemment due à ça mais aussi à l’importance du pays dans le monde des affaires ainsi qu’à la collaboration qu’il y a eu entre Vaillante et Rebellion.

Assister aux courses depuis les paddocks, voilà une technique que Jean Graton pratiquait déjà à l’époque, et ce afin de chercher le détail vrai, l’information exacte. Y a-t-il une volonté de votre part de continuer à utiliser cette technique?
Denis Lapière: Oui tout à fait. Par exemple, pour «Duels», j’ai eu l’occasion d’échanger longuement avec Thierry Neuville et Nicolas Gilsoul, ainsi qu’avec l’ingénieur de compétiton, Cedric Mazenq. Cela nous a énormément aidé pour comprendre ce que ça fait de rouler en rallyes, de comprendre les contraintes. Bien entendu, nous souhaitons continuer à nous déplacer sur les évènements, ne fut-ce que pour s’imbiber de l’ambiance. Cela dit, aujourd’hui, avec le Covid, c’est assez compliqué. Théoriquement, nous aurions dû aller assister aux 500 Miles d’Indianapolis au sein de l’écurie Penske mais cela ne sera pas possible cette année. On a préféré reporter le scénario des 500 Miles à plus tard. C’est tellement important pour nous d’aller sur place et de voir ce qu’il se passe que je préfère reporter que d’écrire l’histoire sans y être allé.

Suite au décès de Jean Graton, est-ce qu’il y aura un hommage dans l’une des prochaines BD?
Denis Lapière: Deux recueils d’histoires courtes de Jean Graton vont sortir, l’un en juin et l’autre en tout début d’année prochaine, pour remettre en valeur ces récits dont certains sont des petits bijoux. Avec même un inédit en album. Ce sera une bonne occasion pour nous de rendre hommage au maître et créateur de la série Michel Vaillant.

Comment se portent les ventes?
Jean-Louis Dauger: L’environnement du 9e art a énormément changé puisqu’il y a aujourd’hui dix fois plus de bandes dessinées sur la marché qu’il y a dix ans. Heureusement, les ventes se portent bien puisqu’elles progressent. Ça veut dire que le nombre moyen d’albums vendus a été largement réduit. Néanmoins, Michel Vaillant se porte très bien. On est au-delà de ce que l’on pouvait espérer. Par exemple, le tome 1 de la saison 2 a déjà été vendu à plus de 100 000 exemplaires. Avec «Duels», on espère le vendre à 40 000 exemplaires.

Remportez le dernier album de «Michel Vaillant»!

Daniel Farid, jeune prodige français, est engagé aux côtés de Michel Vaillant pour piloter la deuxième Vaillante Cervin au WRC. Tout au long de la saison, tous deux vont se battre contre Neuville, Ogier et Tanak… Mais Michel va vite réaliser que son principal adversaire n’est autre que son coéquipier: Daniel a d’abord rejoint l’équipe pour «mettre le vétéran à la retraite»! Michel parviendra-t-il à contenir l’ambition dévorante de son jeune challenger? Pour le savoir, les éditions Dupuis et la REVUE AUTOMOBILE vous proposent de remporter le dernier tome des aventures de Michel Vaillant, «Duels». Dix exemplaires sont mis au concours. Pour jouer, veuillez répondre à la question suivante: quelle compétition automobile suisse sert de cadre au tome 3 des aventures de Michel Vaillant, «Liaison dangereuse»? Si vous connaissez la réponse, nous vous invitons à nous l’envoyer à concours@revueautomobile.ch. Les gagnants seront tirés au sort.

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