Hamilton force 7

FORMULE 1 Avis de tempête sur Istanbul. Sur le thème «ne jamais cesser d’y croire», le pilote Mercedes rejoint Michael Schumacher.

A tous les gamins, n’écoutez pas ceux qui vous disent que vous ne pouvez pas réussir quelque chose. Rêvez l’impossible, et faites-le exister. Vous devez travailler pour, vous devez poursuivre votre but, et ne jamais abandonner et ne jamais douter de vous»: le message de Lewis Hamilton, fraîchement couronné champion du monde pour la 7e fois dimanche dernier sur la patinoire humide et piégeuse de l’Istanbul Park, n’était pas un exercice de communication. Il venait du cœur. Et des tréfonds de ses propres souvenirs, passés ou récents.

Récents, c’était ce curieux GP de Turquie dans lequel rien ne semblait conforme à la logique. Qualifié 6e seulement sous la pluie et sur l’asphalte hyper-glissant d’un circuit que la F1 avait déserté depuis 2011, Hamilton ne partait pas gagnant d’avance. «On n’était pas à notre place, mais on a beaucoup appris. On ne fait pas toujours tout parfaitement. A un certain point, je me suis dit que cette course me filait entre les doigts. Mais, j’ai gardé la tête baissée, et j’ai continué à croire que je pourrais reprendre le rythme. Et c’est ce que j’ai fait.» Sa 94e victoire était au bout du chemin, une des très belles de son impressionnante collection, avec des pneus intermédiaires lissés pratiquement à la corde parce qu’il avait réussi à les prolonger sur 50 tours. Et, avec, ce 7e titre mondial, attendu, annoncé, qui fait de lui l’égal de Michael Schumacher. Tout au moins mathématiquement.

Petit Lewis en a parcouru du chemin, depuis ses débuts en karting et sa victoire du Championnat britannique de Karting 1995. Aujourd’hui, il décroche son septième titre en F1.

Le culot du gamin
Pour le passé, il faut remonter à plus loin. A cet épisode où le petit Lewis, 10 ans, tout juste vainqueur du Championnat Britannique de karting 1995, avait abordé Ron Dennis, l’austère patron de McLaren F1, lors de la soirée de gala de remise des prix. La légende veut qu’il s’était présenté et lui avait dit qu’un jour il voulait être pilote McLaren. «Je ne me souviens pas de lui avoir dit ça», corrigera-t-il 11 ans plus tard, alors qu’il venait de remporter le Championnat GP2, en 2006, qui lui ouvrait les portes de la F1 chez… McLaren, précisément. «Je me souviens être allé vers Ron, et j’étais surpris qu’il me consacre un peu de temps, parce que la plupart des gens, à ce niveau, n’en ont pour personne. Il m’a bien donné 10 à 15 minutes, c’était assez spécial. J’étais venu avec mon carnet d’autographe, il y avait beaucoup de grand noms…» Mais il n’y avait pas celui qu’il aurait vraiment voulu rencontrer, Ayrton Senna.

Ron Dennis avait été conquis par la personnalité et le culot du gamin. «Jeune, j’étais un peu timide, admet Hamilton, mais je n’ai jamais eu peur de faire quoi que ce soit d’excitant. Je ne sais pas pourquoi, si je rencontrais une star du cinéma comme Eddie Murphy, par exemple, ce serait wouaouh! Mais avec les gens de la course, je ne suis pas comme ça…» Bien lui en prit: de la rencontre avec le patron de McLaren allait naître la carrière que l’on sait, l’équipe de Woking mettant bientôt sur pied un Junior Team de karting dans lequel Hamilton allait côtoyer celui qui fut d’abord son copain, son frère de course, autant qu’un adversaire en piste, et qui deviendra carrément son «ennemi intérieur»: Nico Rosberg.

Des victoires trop rapides
D’un milieu modeste, porté par un père qui multipliait les boulots et les sacrifices pour financer ses débuts en karting, Hamilton n’aurait pas pu aller bien loin sans le coup de pouce de Ron Dennis. Un père – Anthony – à qui il doit aussi sa passion: «J’ai commencé à regarder la F1 à la TV à 6 ans. Mes parents étaient divorcés, je passais mes week-ends avec mon père, et on regardait les GP. J’avais du plaisir à voir courir Senna. Mais je n’étais pas un énorme fan, c’est venu peu à peu, vers 13 ans.» Passé à l’automobile en 2002, à 17 ans, Hamilton termine 3e du Championnat d’Angleterre de Formule Renault, qu’il remporte l’année suivante. Il récidive en F3, 5e en 2004 puis champion. Et monte en GP2, dans la meilleure équipe, le team ART de Fred Vasseur, avec qui il s’impose d’entrée. La F1 lui tend les bras, on est à la fois encore si proche et déjà si loin du temps du karting en famille et des retours à la maison le dimanche soir des courses en chantant «we are the champions» dans la voiture, en chœur avec son père.

Tous les pilotes n’ont pas la chance de débuter en F1 dans la meilleure équipe, et cela a évidemment favorisé l’éclosion d’Hamilton. Parachuté aux côtés de Fernando Alonso arrivé à Woking comme le Messie, le jeune Anglais ne met pas longtemps à confirmer son énorme potentiel: 3e en Australie, puis quatre fois 2e, il s’impose coup sur coup au Canada et aux USA, ses 6e et 7e GP seulement. Des victoires qui viennent trop vite, parce qu’elles sèment la pagaille au sein de l’équipe, subjuguée par le talent du jeune débutant. Alonso en prend ombrage, la rivalité tourne à l’aigre, les deux hommes se partagent les points… et c’est un 3e larron – le pilote Ferrari Kimi Räikkönen qui est sacré pour un minuscule petit point: 110 contre 109 pour Hamilton et Alonso!

La première intuition
Cette année-là, Hamilton était passé à un cheveu de l’exploit historique de devenir champion du monde dès sa première saison en F1. Il en serait aujourd’hui à huit titres, un chiffre dont on peut logiquement penser qu’il sera son prochain défi, à l’horizon 2021. Ce titre qui lui avait échappé sur une cuisante mésaventure, lorsqu’il était sorti de la piste en rentrant aux stands, au GP de Chine. Dimanche, cette leçon fut aussi un des ingrédients de sa réussite: «Ce que j’ai appris, avec l’âge, c’est que, la plupart du temps, ma première intuition est la bonne, et je ne perds plus de temps à me poser des questions. En 2007, j’étais un ‹rookie›, j’avais le talent, mais pas les connaissances, ni l’expérience pour dire au team ce dont j’avais besoin. Dimanche, je sentais que je pouvais mener ces pneus au bout, il n’était pas question que l’on m’arrête. Je n’avais pas oublié non plus que c’est comme ça que j’avais tout perdu, en 2007…» Reste à savoir ce que lui dira maintenant son instinct, à propos de la suite à donner à sa carrière. 

Le GP des illusions perdues
«Et, à la fin, c’est Hamilton qui gagne…»: ainsi pourrait-on détourner le vieil adage qui circule dans le monde du football, à propos des Allemands qui finissent toujours par s’imposer quand c’est important. Une fois n’est pas coutume, les Mercedes avaient subi la loi de leurs rivales tout au long des essais de ce curieux GP de Turquie venu bousculer la hiérarchie. 

Mais, en course, Hamilton retourna la situation en sa faveur, avec l’aide, il est vrai, du double faux-pas des deux grands favoris de ce GP pas comme les autres.

Mauvais choix
Sur l’asphalte lisse et froid du vendredi, puis détrempé du samedi, la capacité des Racing Point et des Red Bull à mettre leurs pneus rapidement à bonne température leur donnait une belle carte à jouer. La «Mercedes Rose» confirmait avec éclat les qualités de la grise W10 de 2019, en dominant les qualifications, ce que Lance Stroll mettait magnifiquement à profit pour arracher une pole position susceptible de faire la fortune d’un parieur audacieux. 

Bien parti, le Canadien semblait s’échapper vers une victoire sensationnelle. Mais, la piste séchant progressivement, et les pneus intermédiaires s’usant, l’équipe Racing Point décida de rappeler son inattendu leader. «Pourquoi? Pourquoi ? Pourquoi?», demanda Stroll, qui ne ressentait pas le besoin de changer de pneus. Mais, il obtempéra, et mal lui en prit. Ses intermédiaires neufs se mirent à grainer, et de possible vainqueur, le Canadien glissa, impuissant, jusqu’à une frustrante 9e place. D’autant plus frustrante que l’autre Racing Point de Sergio Pérez, resté en piste, lui, allait le relayer au commandement, pour terminer finalement 2e.

Sauber: la désillusion

Autre grand perdant de ce week-end, Max Verstappen. Lui, c’est en qualifications qu’une mauvaise décision de son équipe lui a coûté une pole position facile, tant sa domination était grande. 2e entre les Racing Point de Stroll et Pérez, et donc sur le mauvais côté de la piste, il restait sur place à l’extinction des feux. Le temps de remonter, il perdit ensuite patience sous l’aileron de Pérez, tentant un dépassement impossible qui se soldait par un double tête-à-queue à 250 km/h ainsi que quatre pneus «carrés» le condamnant à un arrêt supplémentaire. Un tête-à-queue dont fut aussi victime Alex Albon, alors qu’il avait le podium en vue. Un podium qui se refusait dans le dernier freinage à Charles Leclerc, au coude-à-coude avec Pérez, et qui venait récompenser un Sebastian Vettel retrouvé sur l’autre Ferrari.

A l’image des Renault éliminées dès le premier virage alors qu’elles avaient aussi une carte à jouer, ce Grand Prix, que l’équipe suisse Alfa Romeo Sauber considérait comme son 500e, s’est terminé par une nouvelle désillusion. Si Räikkönen et Giovinazzi s’étaient habilement hissé tous deux en Q3 pour la première fois cette saison, les C39 reprirent leur rythme habituel en course avec les Haas et les Williams. Räikkönen devait se contenter d’une anonyme 15e place, en partie par la faute d’un arrêt de quelque 10’’, alors que l’Italien se voyait trahi par sa boîte de vitesses. A oublier… ML

RÉSULTATS

Grand Prix de Turquie à Istanbul, 14e manche du Championnat du Monde de Formule 1. 58 tours de 5,338 km (= 309,396 km): 1. Lewis Hamilton, Mercedes, 1h42’19’’313 (= 181,425 km/h). 2. Sergio Pérez, Racing Point-Mercedes, +31’’633. 3. Sebastian Vettel, Ferrari, +31’’960. 4. Charles Leclerc, Ferrari, +33’’858. 5. Carlos Sainz, McLaren-Renault, +34’’363. 6. Max Verstappen, Red Bull-Honda, +44’’873. 7. Alexander Albon, Red Bull-Honda, +46’’484. 8. Lando Norris, McLaren-Renault, +1’01’’259. 9. Lance Stroll, Racing Point-Mercedes, +1’12’’353. 10. Daniel Ricciardo, Renault, +1’35’’460. 11. Esteban Ocon, Renault, +1 tour. 12. Daniil Kvyat, Alpha Tauri-Honda, +1 tr. 13. Pierre Gasly, Alpha Tauri-Honda, +1 tr. 14. Valtteri Bottas, Mercedes, +1 tr. 15. Kimi Räikkönen, Alfa Romeo-Ferrari, +1 tr. 16. George Russel, Williams-Mercedes, +1 tr. 17. Kevin Magnussen, Haas-Ferrari, +3 trs. – Non classés: Romain Grosjean, Haas-Ferrari (accident avec Latifi/49e tour). Nicholas Latifi, Williams-Mercedes (accident avec Grosjean/39e tour). Antonio Giovinazzi, Alfa Romeo-Ferrari (mécanique/11e tour). – Tour le plus rapide (+1 point): Norris, 58e tour en 1’36’’806 (= 198,508 km/h). – Pole position: Stroll en 1’47’’765 (= 178,321 km/h). Classement général (après 14e manche). – Pilotes: 1. Hamilton, 307 points (10 victoires; Champion du monde). 2. Bottas 197 (2). 3. Verstappen 170 (1). 4. Pérez 100. 5. Leclerc 97. 6. Ricciardo 96. 7. Sainz 75. 8. Norris 74. 9. Albon 70. 10. Gasly 63 (1). 11. Stroll 59. 12. Ocon 40. 13. Vettel 33. 14. Kvyat 26. 15. Nico Hülkenberg (D), 10. 16. Räikkönen 4. 17. Giovinazzi 4. 18. Grosjean 2. 19. Magnussen 1. – Constructeurs: 1. Mercedes 504 (12; Champion du monde). 2. Red Bull-Honda 240 (1). 3. Racing Point-Mercedes* 154. 4. McLaren-Renault 149. 5. Renault 136. 6. Ferrari 130. 7. Alpha Tauri-Honda 89 (1). 8. Alfa Romeo-Ferrari 8. 9. Haas-Ferrari 3. 10. Williams-Mercedes 0. – *Pénalité de 15 points pour violation du règlement sportif. Prochaine manche: Grand Prix de Bahreïn à Sakhir, 29 novembre 2020.

Kommentieren Sie den Artikel

Please enter your comment!
Please enter your name here

Diese Website verwendet Akismet, um Spam zu reduzieren. Erfahre mehr darüber, wie deine Kommentardaten verarbeitet werden.