Epine dans les pneus des SUV

VANDALISME Le SUV a le vent en poupe. Il est cependant accusé d’être trop lourd et trop polluant par les milieux de protection du climat. Qui, parfois, passent au sabotage.

En effet, certains activistes s’en prennent à ce véhicule utilitaire et sportif. Les derniers cas connus de déprédations ont eu lieu à la mi-octobre, à Limoges, en France. Le collectif «La Ronce» en est l’auteur. Sur son site internet, il explique ses motivations dans un manifeste: «Je le sens: notre modèle de société court à sa perte, broie l’humain et entraîne déjà dans sa chute de larges pans du vivant.» Le groupe encourage des «gestes simples et peu risqués», des «actions décentralisées, simultanées, pertinentes, faciles», destinées à nuire aux intérêts des multinationales jugées responsables de la dégradation de l’environnement.

Sur Youtube, une vidéo de ce collectif montre une personne retirant le bouchon sur le pneu avant gauche d’un SUV. Elle insère un gravillon dans la valve avant de replacer le capuchon. «Le pneu se dégonfle en une heure», est-il précisé. Dernier «raffinement», le fauteur de trouble laisse un message sur le pare-brise à l’intention du propriétaire du véhicule, pour expliquer son action. Le manifeste précise d’ailleurs: «Nous ne porterons jamais atteinte à l’intégrité physique des personnes, mais les biens matériels, eux, n’ont pas de sentiments.»

Une quarantaine de militants écologistes bordelais d’Extinction Rebellion ont, à la même période, dégonflé les pneus de 220 SUV pour dénoncer l’impact de ces utilitaires sur l’environnement. Là aussi, les vandales ont glissé une notice explicative sur les pare-brises. De manière anonyme, comme leurs acolytes de «La Ronce». Ces faits ont largement été relayés dans les médias français.

La Suisse épargnée
En Suisse, apparemment, rien de pareil pour l’instant. Mais, difficile de savoir si ce genre d’initiative est prévue, voire soutenue par les extrémistes du climat. Aucun (Extinction Rebellion, les grévistes du climat, etc.) n’a en effet donné suite à nos tentatives d’entrer en contact et de poser des questions… 

Les polices cantonales approchées – ZH, VD, VS, BS – n’ont pas connaissance de cas de déprédations commis sur des SUV. La police cantonale bernoise évoque des traces de spray, des tags, mais guère de phénomène plus répandu. Même constat du côté des assurances. Ni Axa, ni Zurich n’ont enregistré de tels sinistres. Pourtant, si dommages il y avait, c’est bien à ces acteurs qu’ils devraient être annoncés. Cependant, à notre modeste échelle, nous avons déjà, à plusieurs reprises, constaté des déprédations sur des SUV qui passaient entre nos mains pour un test (des rayures, principalement). Même son de cloche chez quelques confrères. 

Signe de réussite
Au TCS, Valérie Durussel, porte-parole, affirme que les SUV sont la cible de certains groupes et partis politiques. Peu importe les idéologies, affirme-t-elle, «les dommages matériels et le vandalisme de toute nature sont inacceptables».

Les actes de vandalisme ne semblent pas, non plus, donner beaucoup de travail aux carrossiers et garagistes. A titre d’exemple, chez Belwag, à Berne, on n’a pas connaissance de ce type de dommages. A Genève, en revanche, chez Gem SA, Marco Da Costa est plus loquace: «Je connais cette pratique en France et, malheureusement, en Suisse aussi. Nous n’avons pas entendu que les véhicules de nos clients Peugeot SUV aient subi des dégradations. Je pense que cette malveillance s’adresse plutôt à des 4×4 de grosses cylindrées, puissantes et haut de gamme. Ces 4×4 sont souvent utilisés par une clientèle urbaine qui veut montrer une image de richesse ou de réussite. Les défenseurs extrémistes du climat jugent que ces véhicules sont totalement inutiles, surtout en ville, car ils sont utilisés pour une question d’image et de standing et non pour combler un réel besoin». 

Sus au SUV
On le sait, les Suisses adorent les SUV. Leur part du marché est passée de 18,7% en 2011 à 43,6% en 2019. Un véhicule neuf sur deux dans le pays est un 4×4 urbain. 

En France aussi, ce genre de véhicule cartonne. Mais sa croissance rapide dans le parc automobile ne plaît pas à tout le monde. Elle est notamment jugée «incompatible» avec le respect des engagements français de réduction des émissions de gaz à effet de serre par le WWF français. Il n’y a donc pas que des groupuscules plus ou moins obscures qui s’y opposent. En Suisse, non plus d’ailleurs. Nombreux sont les politiciens ou autres intellectuels à s’élever, même théoriquement, contre cette catégorie de voitures.

Au Jura, le député des Verts Ivan Godat avait, fin 2019, demandé au Gouvernement jurassien des mesures contre la prolifération des SUV et des gros 4×4 urbains. Mais, en septembre dernier, le Parlement jurassien a repoussé sa motion transformée en postulat.

A Lausanne, le mouvement «mobilité respectueuse» a déposé le 10 décembre 2019 une pétition intitulée «Pour une mobilité à taille humaine à Lausanne. Contre le trafic des véhicules individuels surdimensionnés». Selon la commune vaudoise, elle est actuellement traitée par la Commission des pétitions. Pour Sylvain Croset, porte-parole de cette pétition, il s’agit de faire remonter auprès des autorités l’inquiétude des gens face à la progression de ce type de véhicule en ville. Cette démarche n’est donc pas comparable à celle du collectif «La Ronce», qui vise l’attaque tous azimuts, sans distinction. A ce propos, Sylvain Croset déclare: «A ma connaissance, ce phénomène serait encore très marginal en Suisse (quelques tags sur des véhicules).» Il ajoute: «Personnellement, je ne soutiens pas ce genre de pratiques, qui sont à mon avis contre-productives.»

D’autres démarches sont plus théoriques, idéologiques, à l’instar de celle de l’historien Michel Porret. Dans son blog publié par le journal Le Temps, sous le titre «SUV: voiture de destruction massive», il écrivait il y a une année: «Existe-t-il un autre véhicule que le SUV qui confère autant d’impunité et d’arrogance routière au conducteur empli de «virilité?» Dans le même quotidien, un de ses confrères, le géographe Sébastien Munafò, attaque également verbalement les fameux Sport Utility Vehicle: «Les fautifs ici se nomment SUV, qui représentent plus de la moitié des ventes de voitures dans notre pays. Fautifs, car à côté des enjeux évidents en matière de sécurité routière ou d’occupation de l’espace qu’ils engendrent, leur impact écologique est très conséquent.

Le moins que l’on puisse écrire, c’est que le SUV n’a pas que des amis. Dans son dernier rapport, le New Weather Institute britannique appelle à la suppression de la publicité pour les SUV. Selon lui, les leçons tirées du tabac doivent maintenant être appliquées à l’industrie automobile. Bruno Le Maire, ministre français de l’Economie, ne s’est pas montré favorable à l’interdiction des pubs pour les modèles les plus polluants, notamment les SUV. Il a plutôt plaidé pour mieux mettre en avant les niveaux de pollution dans les réclames, car «l’interdiction n’est pas le meilleur moyen de faire progresser l’écologie». Le même ministre s’est d’ailleurs également opposé à une autre attaque contre les SUV, le malus au poids, qui aurait été une nouvelle taxe sur l’achat automobile.

Question de moyens
Entre l’amour des uns et la haine des autres, les SUV poursuivent leur chemin. Ils ne conviennent pas aux écologistes, notamment aux Verts, dont «les objectifs ne peuvent pas être atteints avec des véhicules SUV». Toutefois, rappelle Lino Meyer, représentant de ce parti, dégonfler des pneus est un délit punissable: «Pour nous, il ne s’agit plus d’une farce amusante de gamin, mais elle peut se terminer de façon tragique. Nous nous abstenons définitivement de recourir à de tels moyens.»

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