Ferrari, 1000 épisodes pour une légende

FORMULE 1 Le cheval cabré passe un cap mythique de son histoire. L’occasion de revenir sur les hauts et les bas de la marque la plus emblématique du sport automobile.

Une année et demie après que le Championnat du Monde de F1 eut célébré sa 1000e épreuve – au GP de Chine 2019, dans l’indifférence générale – c’est au tour de la Scuderia Ferrari de passer ce cap mythique. Clin d’œil du destin, elle doit à l’épidémie, et au calendrier des GP bouleversé en conséquence, de le fêter chez elle, en Italie, sur le circuit, de surcroît, du Mugello qui lui appartient.

Ironie du sort, si Ferrari est la seule écurie actuelle à avoir couru depuis les débuts du championnat en 1950, elle n’était pas au départ du tout premier GP, celui d’Angleterre à Silverstone le 13 mai. Elle s’est bien rattrapée depuis, si l’on considère que, derrière elle, la 2e écurie la plus fidèle est McLaren, avec 872 GP, et Williams, 3e (753). Son palmarès découle logiquement de cette assiduité, puisqu’elle affichait – avant ce weekend toscan de Mugello – le plus grand nombre de pole position (228, contre 155 à McLaren et 128 à Williams), de victoires (238, McLaren 182, Williams 114), de meilleurs tours en course (252, McLaren 158, Williams 132), de podiums (772, McLaren 488, Williams 312) et, bien sûr, de titres mondiaux: 16 titres constructeurs et 15 pilotes, toujours devant McLaren (8 et 12) et Williams (9 et 7).

Des bas aussi
Mais la longue saga Ferrari n’est pas faite que de hauts. La Scuderia a aussi connu quelques traversées du désert, parfois longues, entre 1964 et 1975, d’abord, puis de 1983 à 1999. Deux périodes «sans», auxquelles il convient d’ajouter la présente mauvaise passe. Toutes ont été marquées, à des degrés divers, par plusieurs soubresauts internes et autres révolutions de palais, probablement inévitables dans un contexte aussi passionnel que celui lié à tout ce qui touche de près ou de loin à la marque au petit cheval cabré sur fond jaune.

La très forte personnalité du fondateur, le Commendatore Enzo Ferrari, n’était pas pour rien dans cet état de fait, car peu osaient lui dire la vérité en face, ce qui a parfois retardé les bonnes décisions. Il a fallu l’arrivée de Niki Lauda, fin 73, pour bousculer cette mentalité, ce qui ne s’est pas fait sans remous. Mais les résultats – trois titres mondiaux entre 75 et 77, plus celui manqué de justesse en 74 par Clay Regazzoni – eurent tôt fait de lui donner raison.

Dans le même registre, c’est encore Lauda – mais en tant que conseiller du Président Luca di Montezemolo, cette fois – qui a identifié en Jean Todt l’homme qu’il fallait pour prendre les rênes (en 1994) d’une Scuderia à la dérive depuis la disparition du Commendatore, six ans plus tôt, en août 1988. Ce fut le début des années d’or, sous l’égide du «Dream Team» associant un directeur technique d’exception – Ross Brawn – et un pilote phénoménal, Michael Schumacher. Un redressement qui ne s’est pas fait en un jour cependant, puisqu’il aura fallu cinq longues années pour que Ferrari renoue avec un titre, en 1999, avant que Schumacher enfile ensuite les succès et les couronnes jusqu’en 2004, faisant preuve d’une totale domination, fruit d’une réorganisation aussi totale qu’exemplaire, qui ne laissait le moindre petit détail au hasard. Sous le pragmatique Jean Todt, le flegme légendaire des ingénieurs anglo-saxons s’est marié à la perfection au proverbial enthousiasme latin pour en émousser les excès.

Le credo d’Enzo
Depuis l’introduction – en 1958 – du Championnat du Monde des Constructeurs et, donc, des points distribués pour en établir le classement, Ferrari a connu douze saisons sans aucune victoire, avec un classement final fluctuant entre la 3e et la… 10e place. Où se situera cette malheureuse saison 2020 au soir de la finale d’Abou Dhabi, le 13 décembre prochain? Il sera, certes, difficile de faire pire  que le «record» négatif de 1980: 10e avec 8 petits points alors que la Scuderia et Jody Scheckter avaient été sacrés champions du monde constructeurs et pilote deux GP avant la fin de la saison précédente!

Dans le contexte actuel, terminer sur le podium final serait déjà un bel exploit, compte tenu du manque de compétitivité de la SF1000. Dont les défauts remontent à plus loin, mais étaient partiellement masqués – c’est à la mode – par les qualités du propulseur de Maranello en version 2019… avant que la FIA ne vienne lui couper les ailes en interdisant certaines solutions jugées non-conformes pour cette saison. Un handicap d’autant plus lourd pour Ferrari que le gel des évolutions décidé pour 2021 dans l’optique de la crise économique générale ne lui laissera que peu d’opportunités pour redresser la barre.

Comme aimait à le dire Enzo Ferrari, la plus belle voiture est celle qui gagne. Et la meilleure? La prochaine. C’est à ce dernier credo que Mattia Binotto et les hommes de la Scuderia doivent aujourd’hui se rattacher.

RéSULTAT
Grand Prix de Toscane au Mugello. 9e manche du Championnat du Monde de Formule 1. 59 tours de  5,245 km (= 309,497 km): 1. Lewis Hamilton, Mercedes, 2h19’35’’060 (= 133,036 km/h). 2. Valtteri Bottas, Mercedes, +4’’880. 3. Alexander Albon, Red Bull-Honda, +8’’064. 4. Daniel Ricciardo, Renault, +10’’417. 5. Sergio Pérez, Racing Point-Mercedes, +15’’650. 6. Lando Norris, McLaren-Renault, +18’’883. 7. Daniil Kvyat, Alpha Tauri-Honda, +21’’756. 8. Charles Leclerc, Ferrari, +28’’345. 9. Kimi Räikkönen, Alfa Romeo-Ferrari, +29’’770. 10. Sebastian Vettel, Ferrari, +29’’983. 11. George Russel, Williams-Mercedes, +32’’404. 12. Romain Grosjean, Haas-Ferrari, +42’’036. – Panne/Accident: Lance Stroll, Racing Point-Mercedes (43e tour). Esteban Ocon, Renault (8e tour). Nicholas Latifi, Williams-Mercedes (7e tour). Kevin Magnussen, Haas-Ferrari (6e tour). Antonio Giovinazzi, Alfa Romeo-Ferrari (6e tour). Carlos Sainz, McLaren-Renault (6e tour). Max Verstappen, Red Bull-Honda (1er tour). Pierre Gasly, Alpha Tauri-Honda (1er tour). – 20 pilotes au départ, 12 classés. – Tour le plus rapide (+1 p): Hamilton, 58e tour en 1’18’’833 (= 239,518 km/h). – Pole position: Hamilton en 1’15’’144 (= 251,277 km/h). 
Classement général (après 9 manches). – Pilotes: 1. Hamilton, 190 points (6 victoires). 2. Bottas 135 (1 victoire). 3. Verstappen 110 (1 victoire). 4. Norris 65. 5. Albon 63. 6. Stroll 57. 7. Ricciardo 53. 8. Leclerc 49. 9. Pérez 44. 10. Gasly 43 (1 victoire). 11. Sainz 41. 12. Ocon 30. 13. Vettel 17. 14. Kvyat 10. 15. Nico Hülkenberg, 6. 16. Räikkönen 2. 17. Giovinazzi 2. 18. Magnussen 1. – Constructeurs: 1. Mercedes, 325 points (7 victoires). 2. Red Bull-Honda 173 (1 victoire). 3. McLaren-Renault 106. 4. Racing Point-Mercedes 92*. 5. Renault 83. 6. Ferrari 66. 7. Alpha Tauri-Honda 53 (1 victoire). 8. Alfa Romeo-Ferrari 4. Haas-Ferrari 1. – *pénalité de 15 points pour ne pas avoir respecté le règlement.
Prochaine manche:  Grand Prix de Russie à Sotschi, 27 septembre 2020.

Mercedes au-dessus du chaos

Et six qui font 90! En signant sa 6e victoire en neuf courses, Lewis Hamilton a fait un pas de plus vers le record de Michael Schumacher (91), prenant une option de plus sur ce 7e titre mondial qui lui permettra de rejoindre l’Allemand dans l’histoire. Et ceci, ironie du s(p)ort sur le terrain même de Ferrari, avec qui le «Baron Rouge» avait bâti l’essentiel de sa légende. Une fois de plus, seul Bottas aurait pu menacer son équipier Hamilton, mais alors qu’il était mieux parti, et menait les débats, le Finlandais a tout perdu dans le 3e départ de ce GP à rebondissements, littéralement laissé sur place par une accélération phénoménale de l’autre Mercedes.

Monza avait apporté la confirmation que la W11 n’est pas faite pour rouler dans le trafic, où elle surchauffe pneus et mécanique. Le Mugello, avec sa neutralisation puis ses deux interruptions au drapeau rouge, consécutives à autant d’incidents, ont aussi rappelé à quel point l’avantage de partir devant permet d’échapper aux aléas de la course dans le peloton. Le scénario de Monza, et la victoire surprise de Gasly et l’Alpha Tauri-Honda, ne s’est donc pas reproduit… au grand regret d’Alex Albon (Red Bull-Honda) qui en aurait été cette fois l’heureux bénéficiaire, devant Ricciardo (Renault) et Perez (Racing Point-Mercedes), qui se sont disputé la 3e marche du podium derrière les «Flèches Noires» plus intouchables que jamais sur ce tracé propre à exalter le potentiel des meilleures machines.

Pour Ferrari (Leclerc 8e, Vettel 10e), ce 1000e GP n’aura fait que sanctionner la cruelle réalité d’une voiture ratée et d’un moteur asthmatique. Sans la pénalité de 5’’ infligée à Räikkönen, le Monégasque aurait même terminé derrière l’Alfa/Sauber, il est vrai en progrès. Le Finlandais marque ainsi ses premiers points, dans un peloton réduit à 12 rescapés, alors que le malheureux Giovinazzi a encore détruit une voiture dans le carambolage du 7e tour. Une de trop? ML

Les pires années sans victoires (depuis 50 ans)

1973
Ickx/Merzario 6e (12 points)
La curieuse 312 B3 – surnommée parfois le chasse-neige à cause de son curieux aileron avant – restera comme une autre monoplace ratée de Maranello. Au point que la Scuderia fera l’impasse sur deux GP pour en construire une nouvelle version en fin de saison.
1980
Scheckter/Villeneuve 10e (8)
C’est incontestablement la plus mauvaise saison de l’histoire de Ferrari, avec une… 10e place finale (sur 11) des constructeurs. Une chute vertigineuse d’autant plus incompréhensible après les deux titres – pilote et constructeur – de l’année précédente.
1986
Alboreto/Johansson 4e (37)
Alors que Michele Alboreto n’avait été battu dans la course au titre mondial que par Alain Prost (McLaren) la saison d’avant, il ne peut rien tirer de la F1-86 trop peu compétitive, bien que dérivée de la précédente et propulsée par le puissant V6 turbo.
1992
Alesi/Capelli/Larini 4e (21)
D’une conception audacieuse avec ses pontons surélevés et son double fond plat, la F92A – puis AT en cours de saison – était peut-être en avance sur son temps. Mais, c’est surtout le manque de fiabilité de son moteur V12 qui provoque un record d’abandons.
2014
Alonso/Räikkönen  4e (216)
Ferrari paye chèrement le passage raté au nouveau règlement technique imposant le moteur hybride, une technologie ne faisant pas partie de la culture des motoristes de Maranello. Malgré les efforts d’Alonso, et quelques rares exploits, l’échec est cuisant.
1977
Lauda/Reutemann/
Villeneuve 1er (97 points)

Le 2e titre de Lauda (après celui de 1975) aurait du être son 3e sans l’accident du Nuerburgring venu torpiller sa saison 76. Sous l’impulsion de l’Autrichien, la Scuderia a fait un véritable bond en avant. En 74 déjà, Clay Regazzoni s’était battu jusqu’au bout pour le titre.
1979
Scheckter/Villeneuve 1er (113)
La 312 T4 a parfaitement assimilé la leçon des «wing-cars» Lotus (1978, pionnières de l’effet de sol) et Williams (79), le moteur V12 Boxer fait toujours merveille et la bonne entente du tandem Villeneuve-Scheckter fait le reste. Les deux titres tombent dès Monza.
1982
Villeneuve/Pironi/
Tambay/Andretti 1er (74)

La saison la plus dramatique de Ferrari, marquée par la disparition de Gilles Villeneuve en mai et l’accident qui mettra fin à la carrière de Pironi en juillet. La 126 C2 domine au point que même les remplaçants, Tambay et Andretti, montent sur les podiums.
2002
Schumacher/Barrichello 1er (221)
C’est la saison emblématique (avec 2004) des années d’or Todt-Brawn-Schumacher, avec 15 victoires en 17 courses, et le titre mondial pour l’Allemand dès le GP de France, à six courses de la fin. Bis en 2004 avec 15 succès en 18 GP, et un nouveau record de points (262).
2007
Räikkönen/Massa 1er (204)
Les derniers titres (pilote pour Räikkönen et constructeur) de Ferrari, mais autant dû à la compétitivité de la F2007 qu’au féroce duel interne que McLaren ne parviendra pas à gérer entre son N° 1 Fernando Alonso et le jeune débutant Lewis Hamilton.

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