La boîte manuelle est-elle vouée à disparaître?

GUERRE DES BOÎTES En Suisse comme ailleurs, les automobilistes sont toujours plus nombreux à délaisser les boîtes manuelles au profit d’unités automatiques. Quelles en sont les raisons?

La transmission est sans conteste l’un des organes les plus importants de la chaîne cinématique d’une automobile thermique. Peut-être même plus que les moteurs, qui ont tendance à présenter des tempéraments toujours plus semblables. Particulièrement clivantes, les boîtes de vitesses automatiques (un terme qui regroupera exceptionnellement, pour cet article, les boîtes automatiques à convertisseur de couple, mais aussi les boîtes robotisées à simple ou double embrayage ainsi que les boîtes à variation continue) ont fait d’énormes progrès ces dernières années. A tel point qu’elles ont tendance à se généraliser au sein du marché, comme nous l’expliquait Frederic Vizzini, expert project manager-powertrain advanced development chez AW Europe, une filiale d’Aisin qui possède dans son éventail de produits des boîtes automatiques à convertisseur, des boîtes automatiques à variation continue ainsi que des boîtes manuelles: «Les unités automatiques, entendez par là les boîtes non manuelles, ont une croissance continue importante en Europe. Sur l’ensemble des pays du Vieux-Continent, tous segments confondus, on s’approche doucement mais sûrement du ‹crossing point›, c’est-à-dire du moment où boîtes manuelles et boîtes automatiques atteignent la parité.» Les chiffres suisses sont encore plus clivants, comme le relevait Fanny Cabanes, le porte-parole PSA pour la Suisse: «Le marché global des véhicules neufs particuliers helvétiques affichait 79,1% de boîtes automatiques en 2019 contre moins de 75% en 2018 !» Ainsi, la demande, déjà très élevée, est en augmentation croissante.

Frederic Vizzini ­travaille chez AW Europe.

Questions de consommation
Quels éléments permettent d’expliquer un tel succès? Eh bien, il y en a plusieurs. Le premier, qui est aussi le plus important, concerne la consommation: il y a vingt ans, une boîte automatique consommait bien plus qu’une boîte manuelle. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée, à en croire Frederic Vizzini: «Il y a, à mon avis, plusieurs raisons permettant d’expliquer cette baisse de consommation. La première concerne l’amélioration de la technologie. A l’heure actuelle, on utilise des huiles qui sont bien plus fluides qu’auparavant.» Ces dernières permettent de diminuer les pertes par échauffement. Les autres raisons sont à aller chercher du côté du nombre de vitesses: «La multiplication du nombre de rapports (ndlr: certaines boîtes de vitesses automatiques vont jusqu’à proposer 10 rapports aujourd’hui) nous a permis d’augmenter le ‹gear spread›, c’est-à-dire la plage de fonctionnement entre le rapport de vitesse le plus élevé et celui le plus petit», développe Frederic Vizzini. En outre, un nombre plus élevé de vitesses permet au moteur thermique de fonctionner de manière bien plus efficiente, en restant plus longtemps dans sa plage de régime de rendement maximal.

Mais ce n’est pas là la seule innovation développée par les constructeurs de boîtes de vitesses, continue Frederic Vizzini: «Parallèlement à tout ce qui est hardware, nous avons également développé les softwares, les logiciels commandant les boîtes de vitesses.» Des lignes de codes intelligentes qui permettent, entre autres, d’optimiser les consommations lors des tests: «Lors de la procédure d’homologation WLTP, dans le cas d’une voiture à boîte manuelle, la personne physique qui se trouve derrière le volant ne va pas forcément engager le rapport optimal, ni mettre sa boîte de vitesses en neutre. Deux choses que la boîte automatique fera pourtant d’elle-même.» Et l’écart de consommation devrait continuer à se creuser, car la microhybridation est, pour l’heure, l’apanage des voitures automatiques, développe en substance l’ingénieur. Finalement, à elle seule, cette raison semble suffisante pour justifier la disparition de la boîte manuelle; face à leurs objectifs climatiques, les constructeurs automobiles ont tout intérêt à privilégier le développement de la boîte de vitesses automatique au sein de leurs nouvelles immatriculations. Et ce n’est pas tout; il y a encore tout un tas d’autres arguments en faveur de la boîte automatique.

Aujourd’hui plus performante
Deuxième élément qui tend à généraliser la boîte de vitesses automatique: les performances. Jadis synonymes de véhicules apathiques, les boîtes automatiques promettent aujourd’hui de meilleures performances que les manuelles. Et il suffit de se pencher sur les chiffres relevés lors des différents essais réalisés au sein de la rédaction pour s’en rendre compte; gage de départ canon, les boîtes automatiques permettent également des passages de rapport ultra-rapides.

La troisième raison concerne les coûts d’entretien; malgré un tarif d’achat plus important, les boîtes automatiques sont globalement moins onéreuses à l’usage, puisqu’elles demandent généralement moins d’entretien qu’une boîte manuelle. «Chez AW Europe, les boîtes à convertisseur ne demandent, a priori, pas d’entretien. L’huile, c’est du ‹fill for life›, c’est-à-dire que l’on ne change pas l’huile au cours de la vie de l’auto.»

Permis de conduire incohérent 
La quatrième et dernière raison en défaveur de la boîte de vitesses manuelle concerne la législation entourant le permis de conduire. Depuis le 1er février 2019, un permis de conduire obtenu sur un véhicule automatique permet également de rouler sur une voiture à boîte manuelle – ce qui paraît totalement absurde aux yeux de certains observateurs. Ainsi, il y a fort à parier que les élèves conducteurs auront davantage tendance à passer leur permis sur une voiture à boîte automatique. Et ce pour la simple et bonne raison que le maniement d’un véhicule à boîte automatique est bien plus aisé. Fidélisés dès leur plus jeune âge à ce type d’unité, les conducteurs auront bien du mal à changer leurs habitudes.

Ainsi, la boîte manuelle est-elle véritablement condamnée? Pour Frederic Vizzini, la réponse est nuancée: «Dire que la boîte manuelle va disparaître, je pense que c’est un petit peu excessif. Je ne crois pas que les boîtes manuelles n’aient aucun avenir. En revanche, je pense qu’elles se réserveront à certains types d’application. Je pense aux voitures d’entrée de gamme, mais aussi au segment des voitures de sport. Le meilleur exemple est Porsche, qui semble vouloir revenir en force avec la boîte manuelle.» Zuffenhausen continue en effet de proposer une unité manuelle à 7 rapports sur ses 911 et autres 718.

Pour beaucoup de passionnés, l’automobile ne s’envisage autrement qu’avec le talon-pointe et en maniant un levier. Pour les satisfaire, les constructeurs automobiles et autres équipementiers pourraient trouver une parade, comme l’imagine Frederic Vizzini: «Disposer une machine électrique entre le moteur et la boîte de vitesses manuelle (ndlr: comme cela se fait à l’heure actuelle sur les hybrides parallèles à la boîte de vitesses automatique) est totalement envisageable. D’ailleurs, cela a déjà été réalisé en 2010, sur la Honda CR-Z. Cela dit, les potentiels bénéfices en matière d’économie de carburant de cette technologie sont bien moins prometteurs, toujours à cause de l’absence de gestion informatique.» 

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