Reine de la montagne

SPORTBACK Techniquement, la dernière déclinaison de la RS5 change peu par rapport au coupé éponyme. Elle n’en reste pas moins spectaculaire, en raison de son confort accru.

Audi RS. Comme pour dire «Radicale-ment Sportive» ou «Réellement Splendide». Le chiffre 5, lui, évoque un gabarit garant d’une agilité certaine. Enfin, le qualificatif «Sportback» met l’accent sur ce qui la différencie du Coupé RS5. Le résultat? Une des plus belles Audi construites par Ingolstadt! La deuxième génération de RS5 est sur le marché depuis un peu plus de deux ans. Au grand dam des puristes, le moteur V8 à aspiration «naturelle» de la devancière a été abandonné au profit d’un V6 bi-turbo, que l’on retrouve également sous le capot de la Porsche Panamera 4S. Ce moteur essence de 2,9 litres, dont les rangées de cylindres sont ouvertes à 90 degrés, développe 450 ch, soit autant que son prédécesseur à huit pattes. Mais le couple atteint désormais 600 newtons-mètres.

Face à la critique…
L’intérieur spacieux de la RS5 se caractérise par une qualité de finition presque parfaite et un choix de matériaux nobles qui ravissent les sens. Quant au réputé système d’info-divertissement MMI, commandé via une molette à surface tactile, il fait honneur au standing de la maison: ergonomie étudiée, menus clairs et intuitifs, qualité graphique et image impeccable sont au rendez-vous. Seul le commutateur dédié aux modes de conduite pour-rait être mieux positionné, mais peut-être est-ce là une récrimination typique d’un journalistees-sayeur trop gâté! L’acronyme RS évoque la brutalité et un caractère endiablé. Et, lorsque tous les paramètres de conduite sont en mode sport, l’allemande «déménage»! Néanmoins, les quelques critiques formulées à l’égard du coupé RS5 restent valables sur la Sportback. La sonorité du monstrueux échappe-ment évoque plus le ronronnement guttural d’un tigre apprivoisé que le rugissement du fauve; la rai-son est à chercher du côté des filtres antiparticules. Le moteur pousse certes fort, mais de manière très linéaire. Et il y a des véhicules qui virent plus spontanément. Enfin de compte, la RS5 se montre moins agitée que certaines de ses concurrentes ou sœurs de la gamme RS, mais ce n’est pas forcément un mal, au vu de la typologie «Grand Tourisme» de l’auto.

Nul n’est parfait, heureusement!
On pourrait tout voir en noir, souligner le fait que la RS5 est raide comme une planche en mode Dynamic et que le chiropracteur deviendra votre meilleur ami. On préfère louer la quête vers la perfection, jamais atteinte, qui a animé la conception de cette auto. Dans les virages en épingle, l’arrière peut devenir nerveux malgré – ou à cause – du différentiel à glissement limité avec fonction de «torque vectoring». Peut-on vraiment parler de dé-faut? On y voit plutôt une approche ludique de la conduite, qui devient très amusante, une fois l’ESP déconnecté. Les quatre roues motrices, elles, veillent toujours à vous sortir d’affaire. Par défaut, la puissance est répartie à raison de 40% sur l’essieu avant et 60% sur l’essieu arrière. En attaquant les lacets et réaccélérant trop fort, la transmission ramènera 85% du couple sur les roues avant, provoquant du sous-virage.
La motricité se montre sans faille lorsque l’on conduit de façon plus coulée. Le moteur V6, lui, fonctionne comme un métronome et forme un duo de rêve avec la boîte Tiptronic. Les 8 rapports, intelligemment étagés, s’égrainent avec une précision toute horlogère. La brutalité est plutôt à chercher du côté des freins en céramique proposés en option, même si la distance d’arrêt mesurée de 34,7 mètres à 100 km/h, sans être mauvaise, n’a rien de spectaculaire. Rares sont les domaines où la RS5 Sportback ne soit pas à la hauteur des attentes. Particulière-ment à l’aise sur les longues distances, elle se montre également très docile en milieu urbain. Si les conditions le permettent, une consommation de carburant 8 l/100 km est envisageable. Lorsqu’on succombe à l’appel de la puissance, il faut généralement 10 à 11 litres, ce qui reste acceptable. Mais le plafond est en réalité encore très au-delà de cette valeur… La RS5 reste une voiture d’enthousiastes de la conduite et accepte volontiers quelques coups de cravache. C’est sans doute pour cette raison qu’Amag, l’importateur suisse pour Audi, nous a fourni une voiture d’essai dépourvue des systèmes d’assistance semi-autonomes, à l’exception du régulateur adaptatif. Ces équipements sont néanmoins disponibles sur demande, mais le prix atteindrait les étoiles, au-delà des 150 000 francs.

Apparence plus compacte
La RS5 a gagné en agressivité dans cette nouvelle version, tout en conservant l’élégance typique d’Audi. La calandre Single-Frame est plus imposante que sur le précédent modèle, tandis que les passages de roues se sont élargis de 15 mm. On reste en terrain connu aussi avec la ligne, qui se distingue finalement assez peu – quatre portes à part – du coupé. Néanmoins, le dynamisme visuel est au rendez-vous. L’effet est imputable avant tout au porte-à-faux arrière plus court, qui s’étend du montant C jusqu’au bouclier; l’au-to apparaît ainsi plus compacte et plus sportive. La partie arrière de la Sportback en ressort plus fluide. Il en va de même pour le porte-à-faux avant, avec ce look de «Pony-Car» toujours présent, selon l’angle de vue. La longueur totale de 4,73 m est pratiquement identique à celle du coupé, mais l’empattement augmente de 5 cm pour atteindre 2,82 m: tout profit pour l’espace aux pieds et aux genoux des passagers. La ligne de toit caractéristique de la Sportback libère 5 cm de plus en garde au toit par rapport au coupé, les places arrière devenant désormais accueillantes.

Pétrie de qualités
Mais soyons honnêtes: un conducteur de RS s’intéresse-t-il vraiment au bien-être de ses passagers? A fortiori lorsqu’il arpente un territoire taillé pour la conduite sportive, comme une route de montagne? Pétrie de qualités – docilité, confort, voire relative sobriété à la pompe – la RS5 Sportback re-devient féroce une fois lâchée dans la nature. Mais toujours avec ce côté prévisible, même lorsqu’elle glisse du train arrière. Le résultat global conféré par le confort à l’usage – on remercie les deux portes additionnelles –, les aptitudes autoroutières, les performances sportives et une esthétique époustouflante font de la RS5 Sportback une reine de la montagne. Bien sûr, vous trouverez des meilleures candidates pour chaque discipline; toutefois, très peu de voitures sont capables d’un pareil tir groupé.


Du romantisme au Sud-Tyrol

L’essai de la RS5 nous a menés jusqu’au Romantikhotel Turm à Völs am Schlern dans le Sud-Tyrol (I). Le nom du site vient des 5 tours partiellement classées de ce complexe hôtelier, qui lui confèrent un cachet incomparable. L’ameublement des chambres s’acquitte des styles contemporains, mettant plutôt l’accent sur l’artisanat régional. Ici, aussi, la tradition se marie volontiers à la modernité. Cette approche vaut aussi pour la cuisine, récompensée d’ailleurs de 14 points Gault-Millau. L’espace «wellness» propose pas moins de 4 saunas aux parfums différents, qui combleront tous les souhaits. Le parking privé compte suffisamment de places pour les clients motorisés. En outre, la région offre de nombreuses possibilités de randonnées, à l’instar du Seiser Alm, le plus grand alpage d’Europe. Précisons aussi que les jolies routes ne manquent pas non plus…


Verdict – Cedric Heer, essayeur
La RS5 Sportback, commercialisée aux USA depuis un an, n’est arrivée sur les routes européennes que récemment. Mais ses points forts sont restés les mêmes et sa valeur ajoutée en matière de polyvalence au quotidien sont réels, notamment grâce aux deux portières supplémentaires. Les effets du poids élevé se ressentent surtout dans les virages, quand on pousse l’auto dans ses derniers retranchements. Avec 57% de poids sur les roues avant, la RS5 n’a pas vocation à arpenter les circuits. En revanche, cette berline sportive offre tout le confort imaginable, ce qui est d’autant plus vrai pour les budgets extensibles. Sur route de montagne, c’est précisément ce comportement légèrement survireur qui procure à la Sportback une once de caractère supplémentaire. Si vous êtes à la recherche de la bête de course ultime, Audi Sport propose d’autres modèles, avec d’autres compromis à la clé. Et pour ceux qui veulent encore plus de volume, la RS4 Avant devrait faire l’affaire.

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