La folle semaine de Louis Delétraz

FORMULE 1 Premier examen dans la catégorie reine réussi pour le jeune espoir genevois au sein de l’équipe Haas-Ferrari à Abou Dhabi. Avec mention, s’il vous plaît!

Je crois que j’ai eu toute la journée le sou- rire sur les lèvres!» résumait Louis Delé- traz à l’issue de ses premiers tours de roue dans la catégorie-reine, un souvenir qu’il gardera en mémoire pour toujours. «Je ne sais pas quel jour nous sommes, mais je sais que je n’oublierai pas ce que j’ai vécu aujourd’hui», sou- riait-il, conscient du paradoxe. Peu importait le «détail» (il s’agissait du 28 novembre), l’essentiel était dans le travail effectué et, surtout, dans la sa- tisfaction profonde de l’avoir bien fait. En té- moignent les rapports positifs des ingénieurs et res- ponsables des divers secteurs – pneus, moteurs, châssis – mis à l’examen. Autre motif de satisfaction: Delétraz a bouclé la bagatelle de 117 tours dans cette journée, soit quelque 645 km parcourus, plus que la distance de deux GP mis bout à bout. Et ceci sans le moindre problème physique: «J’avais bien la nuque un peu raide en fi n de journée, mais pas au point de me gê- ner pour conduire; j’aurais volontiers continué!», a-t-il lâché.

Rythme non-stop Louis Delétraz a utilisé pas moins de 17 trains de pneus lors d’une journée qu’iln’est pas près d’oublier.

17 trains de pneus! Le Genevois s’était préparé sérieusement à cet évé- nement avec la complicité de son physio, Carlos Corell, qui lui a concocté un programme d’entraî- nement sur mesure. Corell a aussi essayé – avec dif- fi culté – de canaliser, sur le plan de la diététique, ce grand amateur de… frites. Cela n’a pas empêché Louis de l’avoir, la frite, une fois au volant! «Je sa- vais depuis la veille que je passerai beaucoup de temps dans la voiture, relevait le Genevois. En tout, j’ai eu droit à trois fois 20 minutes de pause de toute la journée.» Au point qu’il n’a pas eu le temps d’avaler son plat de pâtes durant son deuxième ar­rêt; la Haas VF18 l’attendait déjà de pied ferme. La veille, lors de la première de ces deux jour­nées vouées au développement des pneus Pirelli 2019, l’équipe américaine avait fait débuter son nouveau 3e pilote officiel, l’Américano-Brésilien Pietro Fittipaldi. Une panne de moteur avait tou­tefois réduit son temps de roulage, si bien que De­létraz était appelé à rattraper le temps perdu. «On avait 11 trains de pneus chacun à passer en revue, et compte tenu du problème de Pietro, je me suis retrouvé avec 17 trains à disposition!» Et, donc, un sacré boulot à abattre.

Pas seulement conduire
Une semaine plus tôt, Delétraz était à Maranello dans le simulateur Ferrari dont Haas, en bon client, peut disposer 40 jours par an. «Cela m’a bien aidé pour répéter toutes les procédures, les automa­tismes des manoeuvres sur le volant et appréhender la différence de rythme avec la F2, expliquait-il. La grosse différence, c’est que les lignes droites pa­raissent beaucoup plus courtes en F1, certains vi­rages s’enchaînant même les uns dans les autres. On ne va pas plus vite dans la réalité que dans le simulateur, mais on le sent davantage sur tout le corps! L’adhérence est phénoménale, on n’a pas loin de 1000 ch, mais on est presque tout le temps avec les gaz à fond, et on freine quasiment dans le virage! La perfection technologique de ces F1 est incroyable…» Etre pilote de F1 ne se résume pas seulement à être rapide, de nos jours; il faut avoir une véritable sensibilité technique. L’équipe nous ayant mis à dis­position un casque pour écouter les conversations entre les ingénieurs et Louis Delétraz, nous avons pu nous rendre compte du calme olympien avec le­ quel le Genevois livrait ses impressions. Calme, la voix posée, Delétraz n’a montré aucun signe d’es­soufflement. Difficile d’imaginer que, dans le même instant, il était lancé à 300 km/h; l’impression est qu’il avait fait ça toute sa vie. «Nous avons com­mencé par des séries de 5-6 tours pour que je m’ha­bitue. Nous sommes passés ensuite aux relais courts de performance, avec tour de chauffe, tour rapide, tour lent, pour refroidir les pneus et recharger les batteries du système hybride, avant un nouveau tour rapide, souffle le jeune pilote. Nous l’avons vo­lontairement fait au moment le plus chaud de la journée, contrairement aux autres qui l’ont fait plu­tôt en fin d’après-midi. Nous, à ce moment-là, nous travaillions sur les ‹long runs›, les simulations de course, qui se font par série de dizaines de tours.»

Une porte entr’ouverte?
Delétraz et Haas n’étaient pas là pour faire «péter un chrono», mais pour accumuler les kilomètres… ce qui n’a pas empêché le débutant de se montrer à la hauteur: à mi-journée, après les runs «perfor­mance», il figurait en 6e position, seulement pré­cédé par Leclerc (Ferrari), Bottas (Mercedes), Gas­ly (Red Bull), Kvyat(Toro Rosso) et Markelov (Re­nault), et devant Sainz (McLaren), Giovinazzi (Sauber), Stroll (Force India), Kubica et Russel (Williams). Le seul «rookie» du plateau n’avait pas de quoi rougir! Et s’il glissait finalement à la 9e place au terme de son baptême (dépassé à la fraîche par Stroll, Sainz et Russel), le Genevois avait au moins une certitude: «Maintenant, je sais que je peux le faire. Romain (ndlr: Grosjean, son mentor) m’avait donné plein de conseils utiles, et les ingé­nieurs ont été gentils avec les procédures. Même si une fois, en fin de journée, je n’ai pas trouvé un bouton: il faisait déjà nuit, je ne voyais plus rien sur le volant!» Et maintenant? Tout repose sur le débriefing que l’équipe Haas-Ferrari fera de cette journée. Premier signe positif, Delétraz a déjà été convoqué avec Romain Grosjean cette semaine chez Dallara, près de Parme – où sont fabriquées les Haas – pour «nourrir» le simulateur des derniers enseignements d’Abou Dhabi. Un premier pas de plus vers le but de toujours sur le terrain du principal sponsor qui le soutient depuis ses débuts. Et une porte entr’ou­verte, avec sa Superlicence F1 en poche.

 

Texte: Mario Luini

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