AVEC UBER, RIEN NE SERA PLUS COMME AVANT

L’application qui met en relation passagers et conducteurs n’est pas près de disparaître. C’est plutôt le système du taxi traditionnel qui mue sur l’autel de la libéralisation.

Deux fois moins cher que le taxi traditionnel

Start-up créée en 2008 par deux Américains qui ne trouvaient pas de taxi libre à Paris par une nuit d’hiver, Uber est aujourd’hui présente dans plus de 500 villes à travers le monde. Partout ou presque, la polémique fait rage, les manifs et les scènes de violence verbale, voire physiques se multiplient. Deux fois moins cher en moyenne que le taxi traditionnel pour le même parcours, Uber et ses diverses variantes ont de quoi susciter colère et inquiétude chez les pros officiellement validés, eux qui sont soumis à tout un arsenal d’exigences légales et qui en vivent pour la plupart chichement. Mais comment jeter la pierre à des personnes qui ont envie ou besoin d’arrondir leurs fins de mois en tant que conducteur ou d’économiser un peu d’argent comme passager. Une chose est certaine: avec Uber, rien ne sera plus comme avant.

Scène de plus en plus fréquente

«Bonjour! Asseyez-vous sur le siège à l’avant s’il vous plaît. Si la police nous arrête et nous pose des questions, nous dirons que vous êtes un parent.» Cette scène vécue est de plus en plus fréquente depuis qu’UberPop est interdit un peu partout, quand bien même les dénonciations sont rarement le fait de la police mais plutôt des taxis.

Est considéré comme professionnel tout qui…

Ces conducteurs occasionnels sont dans une position des plus inconfortables. Plus ils travaillent, plus ils se mettent en porte-à-faux: une ordonnance fédérale stipule qu’au-delà de deux transports de personnes en seize jours contre rémunération on est considéré comme un professionnel avec toutes les obligations que cela implique. Alors les sanctions pleuvent. Uber se fait fort de payer les amendes en lieu et place du chauffeur qui s’est fait pincer, mais pas systématiquement. Le record est une bûche de 5000 francs infligée en 2015 à un conducteur à Bâle. Uber peinerait à recruter autant de conducteurs qu’elle le souhaiterait, sans qu’on sache vraiment si c’est en raison de la peur des sanctions ou à cause de sa forte croissance constatée sur l’Arc lémanique. Dernier épisode en date: comme à Genève, le Conseil d’Etat vaudois a concocté un projet de loi qui rendra punissables d’une forte amende ces chauffeurs occasionnels. Le passager, lui, ne risquera rien.

UberPop

Rappelons qu’UberPop est l’application d’Uber la plus controversée et la plus menacée. Elle s’adresse à tout conducteur désireux de se faire un peu d’argent en s’inscrivant sur la plateforme de la société. En quelques clics, le passager espéré qui possède la même application peut voir la tête de la personne qui a répondu à son appel, celle-ci apparaissant sur l’écran de son smartphone en même temps que la localisation de la voiture. Reste à commander la course, à en régler le prix au moyen de son téléphone et même à donner son appréciation sur les qualités ou les défauts du conducteur.

UberX et UberBlack

Sont par ailleurs dans le collimateur des taxis les autres variantes proposées par Uber, à savoir UberX, qui fait appel à des conducteurs détenteurs d’un permis professionnel, et UberBlack, avec des limousines ou voitures de luxe pilotées elles aussi par des pros du transport de personnes. Il va sans dire qu’Uber prélève une commission sur chaque course, par exemple de 30% pour UberPop.

Tous pris de court

Uber a non seulement pris de court les chauffeurs de taxi traditionnels, mais elle a aussi mis devant le fait accompli les pouvoirs publics et judiciaires. Engagée sous la pression des taxis, la riposte s’est exprimée jusqu’ici par des interdictions. Mais le Tribunal fédéral ne s’est pas encore prononcé sur le fond de ce qui devrait être réglé selon certains comme un cas banal et manifeste de concurrence déloyale. De fait, la cause est assez délicate. Accusée de ne pas payer les charges sociales de ses chauffeurs, Uber se défend d’être un employeur. Elle se considère comme un intermédiaire qui a deux types de clients, les usagers et les chauffeurs qui sont à ses yeux des indépendants. La balle est plutôt dans le camp du législateur que dans celui de la justice. Pas question pour autant de choisir la voie facile mais dangereuse consistant à piétiner les principes essentiels régissant notre société libérale, à savoir la liberté économique, le libre accès au marché et la saine concurrence. Alors, plutôt que simplement tordre le cou à Uber en édictant des dispositions qui la condamneraient à se retirer, la tendance est d’assouplir le carcan d’obligations qui régit l’activité de taxi.

Le GPS facilite le développement d’Uber

Au niveau de la Confédération, le Conseil des Etats a récemment adopté une proposition d’assouplissement en matière d’horaire des chauffeurs de taxi, condamnant par ailleurs à faire disparaître le sacro-saint tachygraphe. Les exigences en matière de connaissances topographiques devraient elles aussi passer aux oubliettes. L’époque n’est plus celle où pour se repérer dans une agglomération et emprunter le plus court trajet pour se rendre d’un point à un autre le chauffeur de taxi devait graver dans sa mémoire le plan des rues du secteur dans lequel il était autorisé à travailler. A l’ère du GPS, un enfant de dix ans trouve désormais son chemin à travers le pire des dédales urbains, et c’est d’ailleurs ce qui facilite la tâche aux chauffeurs amateurs membres d’UberPop.


La demande explose

Cent mille clients actifs à Zurich pour quelque mille conducteurs. Uber affirme que sa popularité double tous les six mois dans les agglomérations de Suisse où elle est opérationnelle, à savoir, hormis Zurich, Bâle, Genève et Lausanne. Un sondage réalisé par 20 Minutes a montré que la moitié des 4200 personnes interrogées dans notre pays déclaraient en être utilisatrices. Uber a mandaté quant à elle le cabinet parisien 6t pour étudier les habitudes des usagers de ses services en Suisse romande. L’enquête en ligne a été diffusée en janvier dernier auprès des personnes ayant téléchargé et utilisé l’application dans les agglomérations de Genève et de Lausanne où sont recensés 88 000 de ses 170 000 usagers de notre pays. L’analyse romande a touché 4494 personnes. Il en ressort que c’est principalement une population d’actifs et d’étudiants plutôt jeunes qui ont recours à ses services. Il apparaît aussi que 85,6% des usagers avaient effectué leur dernier déplacement avec Uber au sein de leur agglomération de résidence, ou 90,4% en excluant gares et aéroports. Par ailleurs, 40% des usagers indiquent qu’ils réalisent de nouveaux déplacements depuis qu’ils utilisent Uber, que 66% de ces déplacements ont lieu après 20h et 36% après minuit.


 

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