LES BESTIOLES AUX DENTS ACÉRÉES SONT DE RETOUR

Au printemps, nombreux sont les propriétaires de voitures à se plaindre de câbles abîmés dans le compartiment-moteur de leur auto. L’auteur du crime est un charmant mustélidé.

Martes foina

Rayures, laine de verre arrachée, poils, câbles, flexibles et manchettes rongés sont les indices d’une attaque de fouine dans le compartiment-moteur de votre voiture. La martre domestique – zoologiquement fouine (Martes foina en latin) – ne déteste pas les voitures et ne trouve aucun plaisir à les détruire. Elle obéit simplement à son instinct naturel. De mars à la fin de l’été, durant la «haute» saison des amours et des luttes territoriales pour ces petits rongeurs, la fouine aime bien se loger dans le compartiment-moteur de votre auto. En effet, en plus de l’agréable chaleur du propulseur, la fouine y trouvera un havre de paix, un endroit pour se mettre à l’abri des prédateurs, pour jouer ou pour savourer un butin. Elle aime s’y rendre en fin de journée et vous augmentez les chances d’en «inviter» une à bord en garant votre auto à l’extérieur, pire, en lisière de forêt. Il suffit ensuite d’une petite giclée de sécrétion des glandes odoripares ou d’urine pour que l’animal marque ce nid comme étant le sien.

La première fouine est inoffensive

A ce moment-là, tout va bien encore: aucun dommage n’est à signaler. Les problèmes surviendront dès le lendemain, si vous avez le malheur de garer votre voiture un pâté de maisons plus loin, probablement sur le territoire d’une autre fouine. Celle-ci, attirée par les marques de passage de sa congénère, grimpera dans le compartiment-moteur, à la recherche de sa rivale. Les traces olfactives de son antagoniste la mettront tellement en rage qu’elle commencera à tout saccager autour d’elle à la force de son museau, surtout les objets mous et souples. Les conséquences peuvent être lourdes: ratés à l’allumage, mettant à risque le pot catalytique, à cause des câbles rongés; pannes moteur à cause de flexibles de refroidissement perforés et usure prématurée des composants de la direction, via des soufflets de cardans détruits.

Que faire?

S’il n’existe aucune mesure imparable contre les morsures de fouines, il est tout de même possible de limiter les dégâts causés par les petits rongeurs. Les obstacles physiques restent les meilleurs, à l’image d’un garage bien fermé (aucune entrée ne doit avoir de diamètre supérieur à 5 cm), un compartiment-moteur bien isolé (VW en propose en option sur certains de ses véhicules) ainsi que des câbles et des flexibles recouverts d’une gaine. Si la voiture est toujours garée au même endroit, on peut disposer sur le sol un grillage, du papier d’aluminium ou un filet: les prédateurs timorés évitent les sols mouvants et inconnus. Dans l’éventualité où une fouine aurait séjourné dans votre baie-moteur, nous vous recommandons de faire nettoyer minutieusement le compartiment-moteur afin d’éliminer toutes les traces odorantes susceptibles de provoquer un animal concurrent. Le travail d’un professionnel est recommandé, car les astuces «faciles» – comme l’utilisation d’un spray à fouine, la dissémination de poils de choix, de naphtaline ou de pastilles WC – n’ont qu’un effet très provisoire. A l’occasion de la première pluie, l’action de cette mesure aura déjà disparu, avec en prime de potentielles mauvaises odeurs pour les occupants de la voiture. Si vous êtes du genre à chasser les moustiques au bazooka, vous pouvez installer un boîtier anti-fouines, qui repoussera les mustélidés via des ultrasons inaudibles pour l’être humain et la majorité des animaux domestiques. Les versions plus sophistiquées de ces appareils dissuaderont les bébêtes via des décharges électriques, similaires à celles d’une clôture électrique agricole. Elles seront douloureuses pour l’animal, mais ne le blesseront pas.

Capturer ou tuer?

Si vous deviez avoir la géniale idée de vous faire justice vous-même, en disposant un piège à animal ou, pire, en l’empoisonnant, vous risquez de vous mettre hors la loi. L’ordonnance fédérale sur la protection des animaux (OPAn) stipule, dans son article 177, alinéa 1, que «la mise à mort d’un vertébré ne peut être effectuée que par une personne ayant les connaissances et les capacités requises». Par exemple, des employés d’abattoirs, soigneurs d’animaux, vétérinaires, gardes-faune, chasseurs ou, très rarement, du citoyen lambda. De plus, toute capture ou tout abattage d’animaux est assimilé à de la chasse, ce qui n’est autorisé qu’à titre tout à fait exceptionnel dans les zones résidentielles ou urbaines. Le seul recours contre ces petits mais agaçants prédateurs, le garde-faune cantonal. Malheureusement, les attaques de fouines sur les voitures sont considérées par les autorités comme des dommages mineurs, si bien qu’un garde-faune ne se déplacera pas, pas même pour poser un piège.

Rien à faire, donc?

Pas tout à fait: l’Ordonnance sur la chasse (OChP) autorise les cantons à décider des mesures d’autodéfense des victimes. Par exemple, l’ordonnance sur la chasse du canton de Berne (OCH) autorise (article 8, alinéa 1) une personne capable d’exercer les droits civils et qui subit des dommages causés par certains animaux «à effaroucher, ou, si nécessaire, à tirer ou à capturer puis à tuer les animaux causant ces dommages»; ceci n’est toutefois possible que dans un rayon de cent mètres autour du bâtiment habité. L’alinéa 2 oblige, à titre supplémentaire, à prendre toutes les précautions «pour épargner à l’animal des souffrances inutiles et protéger sa dignité, ainsi que pour ménager les femelles pendant la période de reproduction et de dépendance». L’alinéa 3 précise que «seules les armes de chasse et munitions autorisées peuvent être utilisées pour le tir. Les fouines, les martres et les oiseaux peuvent aussi être tirés avec des fusils de petit calibre». Les animaux tués par ce biais doivent être déclarés au garde-faune local dans un délai de deux jours. Nous déconseillons toutefois à un novice de recourir à des méthodes d’autodéfense aussi draconiennes. Même un chasseur expérimenté aurait le plus grand mal à tirer avec précision sur un animal aussi rapide et insaisissable que la fouine, objecte Ruedi Zbinden, chef de mission Garde-faune de la région du Plateau pour le canton de Berne. Comme l’expérience l’a prouvé, la capture, voire l’exécution d’une fouine ne résolvent en aucun cas les cas récurrents d’attaque de fouines, le territoire ainsi libéré sera récupéré par le rival le plus proche.

Des dommages à prendre au sérieux

Selon la compagnie d’assurances Allianz Suisse, environ 11 000 sinistres causés par les fouines ont été enregistrés dans toute la Suisse, en 2016. Le montant total des dégâts atteint 4,5 millions de francs, soit environ 400 francs par incident. Les cantons de Zurich (2150 cas), Berne (1400 cas) et Vaud (1100 cas) figurent parmi les plus touchés par les fouines. Selon Bernd De Wall, Senior Spokesperson d’Allianz Suisse, l’explication tient dans la topographie différente: ces mustélidés préfèrent les altitudes moyennes-supérieures. Le TCS, par la bouche de son attaché de presse Daniel Graf, rapporte que ses patrouilleurs ont dû intervenir à 1949 reprises pour des attaques de fouines. Les agressifs petits prédateurs se seraient attaqués le plus fréquemment aux durites de turbocompresseur (527 cas), puis aux câbles d’allumage (442 cas) et aux flexibles de radiateur (406 cas).

Que faire quand on constate une attaque?

«Si vous changez souvent de place de stationnement, jetez un coup d’œil sous votre voiture avant chaque départ. Si vous y découvrez un liquide, des bouts de flexible, de conduite ou d’une manchette, prudence», conseille Markus Peter, directeur Technique & Environnement à l’UPSA. En cas de doute, il est recommandé de se rendre immédiatement dans un garage, qui sera capable de repérer et réparer le dommage, avant qu’il n’empire. ll se chargera d’envoyer la facture à votre assureur.

Souvent couvert

La grande majorité des compagnies d’assurances couvrent les dégâts via la casco partielle, sauf si la valeur du préjudice dépasse la valeur de la voiture (dommage total). Mieux vaut s’assurer de sa couverture en contrôlant ses conditions générales, et si elles ne devaient pas y figurer, contracter une assurance contre les attaques de fouines. Ceci est particulièrement recommandé pour les fourgonnettes et camions. Dans tous les cas, il est impératif de déclarer immédiatement les attaques de fouines à la compagnie d’assurances. En effet, si vous ne vous pliez pas à cette exigence, d’autres dommages indirects pourraient ne pas être reliés à l’attaque du mustélidé et ne pas être couverts par l’assurance. Là encore, il est conseillé de bien vérifier les conditions générales de sa prime: dans le pire des cas, seuls les composants directement touchés par l’attaque de fouine seront assurés et non les dégâts consécutifs.

Une simple question de bon sens!

«Les animaux sauvages sont présents dans nos villes et nous devons les tolérer. Toutes les mesures doivent être prises avant d’envisager une capture ou un abattage de fouine»,  souligne Sara Wehrli, directrice du service technique Animaux sauvages à la Protection suisse des animaux (PSA). Mieux vaut aussi investir quelques deniers dans des gaines de câbles renforcées et se réjouir d’avoir ces mignonnes petites bestioles, ultimes signes de la vie sauvage au milieu du béton, toutes proches de nous!

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