ELDORADO OU CONCURRENT?

La Chine représente aujourd’hui 25% du marché automobile mondial, avec 28 millions de véhicules vendus en 2016. Près de 80 marques indigènes y sont dénombrées aujourd’hui, regroupées pour la plupart autour d’une vingtaine de grands groupes. Ces mastodontes, que sont SAIC, Dongfeng ou FAW pour les plus connus, ont conclu dans les années 90 des partenariats avec leurs homologues occidentaux. Partant d’une situation de win-win – les Chinois apprennent les méthodes de construction occidentales et les constructeurs occidentaux accèdent au marché chinois – GM, VW, PSA, Renault et tous les autres se sont accoquinés avec leur frère chinois pour le meilleur… et peut-être le pire à venir.
En 2016, 43% du marché chinois était détenu par les marques locales et cette proportion s’accroît chaque année. Quand bien même l’image des automobiles chinoises sur le marché mondial est encore déficitaire, elle s’améliore au fil des ans et la liste des pays dans lesquels les marques de l’Empire du Milieu sont vendues ne cessent de s’allonger. Ensuite, il y a l’interventionnisme de l’Etat chinois à plusieurs niveaux. D’un côté, il pousse à la création de champions de l’industrie automobile, à l’image de ce que la Corée du Sud a fait avec Hyundai en son temps, par la mise en place d’une stratégie de conquête mondiale. De l’autre, l’instrument fiscal est utilisé à plein régime afin de sévèrement grever les motorisations supérieures à 1,6 litre, rendant les grosses cylindrées dissuasives pour le prospect. Enfin, démarche plus cocasse, la chasse à la corruption à tous les échelons de l’Etat incite les hauts fonctionnaires et les cadres supérieurs à opter pour des voitures moins clinquantes que des grosses berlines étrangères. Audi, par exemple, en a fait les frais, car il ne fait plus bon se promener en A6 ou A8 dans les parages.
Le véritable enjeu pour l’industrie automobile chinoise est la voiture électrique. Dans ce domaine, la Chine n’accuse quasi aucun retard technologique face aux occidentaux étant donné que l’industrialisation à grande échelle de cette propulsion tarde à arriver. Sur le plan de la recherche, les étudiants chinois occupent les bancs des plus grandes universités ou écoles polytechniques du monde, lorsque ce ne sont pas les universités chinoises qui acquièrent les compétences étrangères à prix d’or. Là aussi, l’Etat investit massivement afin qu’un ou deux leaders mondiaux de la voiture électrique, dans les prochaines années, soient d’origine chinoise.
D’Eldorado pour occidentaux il y a encore une quinzaine d’années, la Chine a réussi à renverser la vapeur pour devenir, j’en suis certain, l’épicentre de l’automobile dans les prochaines années. Qui vivra verra!


SOMMAIRE RA N°18/2017 (05.04.2017)


A la une
Salons asiatiques Pleins feux sur Séoul et Shanghai
Actu
Ventes Ralentissement en avril
Dans les cantons
Genève La guerre des transports a toujours cours
Mobilité robotisée L’ascension irrésistible de Bestmile
Essai et premières
Porsche Panamera 4S
Opel Ampera-e
SsangYong G4 Rexton
Sport
GT La reconversion de Marcel Fässler
Formule 1 La première de Bottas en Russie
WRC Ecart infime au Rallye d’Argentine

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