LE BREXIT LAISSE DE MARBRE MARQUES ET SOUS-TRAITANTS

La perspective de voir la Grande-Bretagne quitter l’UE ne devrait pas peser sur la marche des affaires en Suisse. Constructeurs et fournisseurs demeurent sereins.

Le Brexit n’est pas, a priori, une bonne nouvelle pour les constructeurs. «On peut craindre que l’adieu du Royaume-Uni à l’Union européenne soumette la livre sterling à une plus forte volatilité sur le marché des changes, ce qui peut influer sur la marge des marques», avertit Guillaume Crunelle, analyste au cabinet d’audit et de conseil Deloitte, cité dans le quotidien français La
Tribune.
L’économie a horreur du vide. Or, le «non» britannique à l’Europe ouvre une période de flou pour une branche automobile qui emploie près de 800 000 collaborateurs sur l’île. De nombreuses marques étrangères y ont d’ailleurs construit des sites de production, à l’image de Toyota, Honda, Nissan ou Infiniti. Avec 1,6 million de voitures fabriquées l’année dernière, le Royaume-Uni devance même la France (1,55 million).

L’inquiétude de Carlos Ghosn
Carlos Ghosn, patron de Renault-Nissan, a récemment exprimé ses craintes dans la presse internationale en des termes clairs: «Je suis inquiet, pas à cause du Brexit, mais en raison de l’incertitude que cette décision provoque. Quel est le nouveau statut de la Grande-Bretagne? Y aura-t-il des droits de douane? Ou la libre circulation des marchandises? D’ici là, nous allons naviguer à vue. Nissan possède au Royaume-Uni une grosse usine d’assemblage (ndlr: à Sunderland), qui compte 8000 personnes. C’est une usine européenne basée en Grande-Bretagne. Nous sommes un peu préoccupés, jusqu’à ce que les choses soient claires.»
François Launaz abonde dans le sens de Carlos Ghosn. «L’effritement de la livre sterling lié au Brexit met en danger la rentabilité de l’industrie automobile britannique, avec des coûts de production qui risquent de prendre l’ascenseur. Il pourrait dans la foulée influer sur les taxes douanières une fois que le pays sera hors de l’Union européenne», argumente le président d’auto-suisse.
Et qu’en disent les constructeurs implantés dans le Royaume-Uni? Nissan, présent depuis 1986 en Grande-Bretagne où il assemble des modèles tels que le Juke ou le Qashqai, ne cède pas à la panique. «Nous continuons de surveiller la situation. Comme d’autres multinationales, nous avons les capacités d’atténuer les risques et de nous adapter à des paramètres de marché fluctuants», observe-t-on chez Nissan Suisse.
Infiniti, filiale haut de gamme de Nissan, fabrique depuis fin 2015 ses Q30 et QX30 sur le site de sa maison mère à Sunderland, où la marque a investi 250 millions de livres sterling. Apparemment, le Brexit n’angoisse guère le constructeur premium nippon. «Il est prématuré de s’exprimer sur ce sujet, puisque les règles futures du commerce entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne ne seront connues que dans quelques années»,  glisse Daniel Riesen, responsable PR d’Infiniti Suisse et Autriche.

Optimisme chez Jaguar et Land Rover
Cet état d’esprit se retrouve chez Jaguar et Land Rover. «Nous sommes optimistes pour nos fournisseurs en Grande-Bretagne, car ce sont principalement les produits qui font le succès de nos deux marques. Jaguar et Land Rover proposent des offres et des modèles très concurrentiels, modernes et à la pointe de la technologie. Ces éléments demeurent inchangés malgré l’évolution actuelle de la situation politique», explique Karin Held.
La directrice du marketing et des relations publiques poursuit: «Il existe aujourd’hui de nombreux autres constructeurs qui ne font pas partie de l’Europe et qui vendent leurs véhicules en Suisse. Et jusqu’à ce que la séparation entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne (UE) soit effective – le processus va durer deux ans au minimum –, rien ne changera au niveau des relations commerciales, car la Grande-Bretagne est membre à part entière de l’UE. La situation ne pourra être réévaluée que lorsque le divorce aura été définitivement négocié. D’ici là, la Suisse et le Royaume-Uni auront eux aussi redéfini leurs relations politiques et commerciales sur une nouvelle base, plus directe. La situation pourrait alors s’avérer encore plus positive qu’aujourd’hui pour les deux partenaires. En attendant, il n’y a pas de changements pour la vente des modèles Jaguar et Land Rover en Suisse.»
Chez les sous-traitants helvétiques, qui pèsent 9 milliards de chiffres d’affaires annuels, l’heure est aussi à la sérénité. «Nos principaux sites de production se trouvent en Allemagne, aux Etats-Unis, en Chine et au Japon. Nous n’avons aucun lien industriel direct avec la Grande-Bretagne, si bien que le Brexit n’a, pour l’heure, aucune influence sur la marche de nos affaires», explique Karin Labhart, porte-parole de Feintool, à Lyss (BE), qui fabrique notamment des pièces pour les boîtes de vitesses et les systèmes de sécurité.

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