À QUOI ELLES SERVENT?

L’arrivée prochaine d’Aston Martin dans le cercle très fermé de ce qu’il convient d’appeler les hypercars – bien qu’étymologiquement l’«hyper» grec soit l’équivalent du «super» latin – me laisse perplexe. On connaît les raisons, plus ou moins justifiées, qui font officiellement la part belle à la technologie, aux sensations de conduite ou à l’exclusivité, mais qui cachent derrière elle des réalités autrement plus mercantiles faites en premier lieu d’image et, pour certains, de substantielles marges. L’esprit taquin, je serais même tenté de comparer cette course à l’armement aux concours auxquels tout garçon a participé dans les douches des vestiaires de gymnastique durant son enfance ou son adolescence avec ses petits camarades…

L’enfance, justement: je rêvais sur des engins comme la F40, la Diablo ou l’EB110 dont la puissance, aujourd’hui, se retrouve aisément dans n’importe quelle berline moyenne ou routière typée sport. Elles étaient des supercars. Des engins qu’il s’agissait ou s’agit toujours d’apprivoiser avant de conduire, qui appartiennent encore à une sorte d’aristocratie de l’automobile. Pour avoir eu la chance de me glisser derrière le volant d’une F40, ses «seulement» 478 chevaux requièrent bien plus de sang-froid à mener que les 750 d’une Aventador SV… Bien sûr que l’évolution de la technologie n’y est pas étrangère, et tant mieux. Comme dans d’autres domaines, le progrès a rendu accessible ce qui ne l’était pas quelques décennies auparavant.

Mais à quoi bon, aujourd’hui, proposer des engins de 1000 chevaux et plus, alors que 400 suffisent largement à prendre du plaisir à la conduite? Surtout lorsqu’on sait que ce plaisir provient avant tout de la réactivité, du tempérament et de la précision d’une machine, bien avant le chiffre apposé en face du champ «puissance» sur la fiche technique. La maîtrise de cette puissance de feu est avant tout le fait des puces électroniques, les compétences du pilote étant, d’une certaine manière, reléguées au second plan.

D’où mes interrogations: à force d’exagération, n’amorçons-nous pas une phase de déclin? Bien sûr, nous pouvons être qu’admiratifs devant les efforts déployés, l’audace des constructeurs, la débauche de technologie. Mais à quoi bon, si ce n’est assouvir le plaisir d’happy-few très riches? C’est la culture du «no limit»: no limit dans les moyens alloués au développement des hypercars, no limit en termes de performances, no limit en termes de pricing. Seul le nombre de clients auxquels s’adressent les hypercars est limité. Icare et Prométhée n’ont qu’à bien se tenir…

 


SOMMAIRE RA N°28/2016 (14/07/2016)

À LA UNE
Bouchons Notre carte des travaux en Suisse
ACTU
Brexit La situation chez les sous-traitants
Politique routesuisse se positionne
EVÉNEMENT
Tesla Nouveau centre dans la capitale
ESSAIS ET PREMIÈRES
Citroën C3
Aston Martin AM-RB 001
Porsche Macan GTS
Seat Ateca
Opel Zafira
Honda Civic Type R
SPORT
Formule 1 Hamilton roi de Silverstone
Capture d’écran 2016-07-14 à 12.24.19

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