A QUOI SERT LA VOIE DE GAUCHE?

Avec les années, une nouvelle race de conducteurs a fait son apparition sur nos autoroutes. Ignorants? Egoïstes? Fangios en puissance? Allez savoir. Toujours est-il que ces énergumènes pensent que la voie de gauche de nos autoroutes leur appartient. Ou croient-ils qu’en squattant ce qu’on appelait «la voie rapide» à l’époque, ils arriveront plus vite à destination? Vaste débat. Même le Tribunal fédéral parle de «propension notoire à circuler sur la voie de dépassement» dans un récent arrêt. Pourtant, à 40 francs la vignette, en utilisant les deux voies de circulation, le prix de revient du sésame autoroutier se divise par deux, non?

Quantité d’études a été publiée sur cet épineux sujet. Mathématiciens et physiciens ont planché sur les causes des embouteillages. Il y a les heures de pointe, les accidents ou les pannes qui sont des causes évidentes de ralentissement. Mais toutes ces études concordent sur une raison qui ne devrait pas en être une: une quantité de ralentissements ne sont attribuables à personne en particulier, ou, encore à une personne en particulier. Comme lorsque vous roulez et tout à coup, tout s’arrête, sans raison apparente, et repart quelques minutes plus tard. Pas d’accident, pas de véhicule en panne, pas de travaux. Et alors? Eh bien les scientifiques ont découvert que ce type de bouchons était dû à un seul et unique conducteur! L’andouille-type qui roule à gauche comme si la route lui appartenait.

Chaque jour, je parcours l’A1 entre la région genevoise et bernoise pour me rendre au bureau. Chaque jour, je rencontre mon lot de deux de tension au volant. Il y a bien sûr les sangsues de la voie de gauche, qui, sur des dizaines de kilomètres, se croient seules au monde dans leur carrosse d’acier. Si en plus ils peuvent câler leur régulateur sur 115 km/h, histoire de ne pas déclencher l’éventuel radar embusqué derrière un fourré, c’est encore mieux. Généralement, ce sont d’ailleurs les mêmes qui ont réussi à faire des économies en faisant l’impasse sur les clignotants à l’achat de leur bolide. Car à l’approche de la sortie par laquelle passe leur itinéraire, ils se rabattent sans indicateur, en frôlant l’auto qu’ils viennent de dépasser… Oui, parce que les rétros ça sert juste à jouer à Narcisse. Sans parler de ceux qui ont dépensé de l’argent pour leurs clignos, et qui fait qu’ils sont prioritaires sur tous les autres. Bref, que de sueurs froides et un panel intéressant pour tout comportementaliste en puissance.

Alors quand je lis que le conseiller national Beat Walti (PLR/ZH) souhaite «en finir avec l’incertitude sur les règles de dépassement et fluidifier le trafic» en autorisant les conducteurs à doubler par la droite, je m’interroge sur la pertinence de la motion. Vu le boxon actuel, il y a fort à parier que ce serait encore pire. Si la forme n’est pas la bonne, sur le fond, en revanche, le débat mérite d’être lancé.

Il est certain que la fluidification du trafic passe par une batterie d’aménagements. Par exemple, pourquoi ne pas interdire le dépassement pour les camions de manière permanente ou dans certaines tranches horaires? Ou alors instaurer une vitesse minimale sur la voie de gauche? Ça fonctionne plutôt bien dans certaines contrées, et coûte sensiblement moins cher que la construction d’une voie de circulation supplémentaire. Le tout sera bien entendu contrôlé par nos pandores, histoire de flanquer une amende salée aux contrevenants. L’Etat y trouverait même son intérêt!

Mais avant tout, il y a l’éducation de nos amis conducteurs. Je me rappelle pourtant de mon prof d’auto-école qui préconisait un coup d’œil dans les rétros toutes les 15 à 30 secondes pour voir ce qu’il se passe sur les côtés et derrière, et, vers l’avant, le regard qui fixe toujours le point de fuite afin d’anticiper toute manœuvre. Du bon sens qui n’a jamais fait de mal à personne et bénéficie également au sens civique.

par Jérôme Marchon, rédacteur en chef


SOMMAIRE RA N°25/26/2016

DOSSIER SPECIAL
Le Mans Compte-rendu complet de nos envoyés spéciaux
A LA UNE
Forta Le Conseil national adopte un compromis
DANS LES CANTONS
Genève La route des Nations va bientôt démarrer
ACTU
Volkswagen Le groupe se convertit à l’électrique
ESSAIS ET PREMIERS CONTACTS
Infiniti Q30 Le va-tout de la firme nipponne
VW Amarok Le pick-up prend du galon
Fiat 124 Spider Le retour de la dolce vita
Peugeot 2008 Sochaux sur tous les terrains
SPORT
Formule 1 Rosberg de retour aux affaires à Bako

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